Opus Dei

 

 

 

Trois questions sur le témoignage d’une ancienne membre de l’Opus Dei

 

 

 

La Croix 14/04/2016, par Claire Lesegretain. Publié en Espagne en 1992, le livre de Maria del Carmen Tapia, ancienne « numéraire » de 1948 à 1966, vient de paraître en France pour la première fois. Le fondateur et les méthodes de l’Opus Dei y sont présentés sous une face très négative.

 

Quelle est l’origine de ce livre ? En 1992, paraissait en Espagne Tras el umbral (1), un témoignage très critique sur l’Opus Dei, cette institution de l’Église catholique fondée en 1928 par le prêtre espagnol Josemaria Escriva de Balaguer, et devenue prélature personnelle en 1982. L’auteur de ce livre, racontait de manière précise ses dix-huit années (1948-1966) au sein de l’Opus Dei. Elle en était devenue membre à 23 ans, en partie sous l’influence du P. Raimon Panikkar (2), et s’y était engagée comme « numéraire » (célibataire consacrée).

 

Après huit ans passés à servir dans des maisons de l’Œuvre à Madrid et à Rome, elle fut envoyée au Venezuela pour prendre en charge l’apostolat des femmes. Ce qu’elle fit avec succès pendant neuf ans… jusqu’à ce jour d’octobre 1965 où, sans la moindre explication, dit-elle, elle fut renvoyée au siège de l’Œuvre à Rome. Là, elle fut assignée à résidence et traitée en paria. « Tu es une misérable, une ordure ! », lui hurle le P. Escriva en lui laissant le choix entre démissionner ou provoquer « le déshonneur ». Elle quittera l’Opus Dei fin mai 1966, tout en restant célibataire consacrée. En publiant son témoignage, Carmen Tapia souhaitait apporter des éléments à l’« avocat du diable », chargé d’argumenter contre la béatification de Mgr Escriva de Balaguer. Bien que salué comme l’un des témoignages les plus documentés sur l’Opus Dei et traduit en anglais, en allemand, en portugais et en italien, ce livre n’était jamais paru en France. Jusqu’à ce que Jean Mouttapa, éditeur chez Albin Michel, décide de le faire traduire.

 

En quoi ce témoignage pose-t-il question ? Neuf ans après la publication de son livre, et quelques mois avant la canonisation par Jean-Paul II de Mgr Escriva, le 6 octobre 2002, Carmen Tapia avait envoyé une déclaration à l’agence de presse italienne ANSA. « Ma position par rapport à l’Église catholique a toujours été celle d’un amour filial, indiquait-elle en décembre 2001. Ce serait donc une lourde erreur que d’utiliser mon livre pour mettre en doute la sainteté du fondateur de l’Opus Dei. J’ai connu personnellement Mgr Escriva et j’ai toujours constaté que ses efforts s’orientaient entièrement vers le bien de l’Église et des âmes. » Carmen Tapia ajoutait même qu’elle avait « eu recours de nombreuses fois » à l’intercession de Mgr Escriva depuis son décès et qu’elle avait été « souvent exaucée ». Aujourd’hui âgée de 91 ans, Carmen Tapia « ne renie rien » de son livre et explique sa déclaration de 2001 par son seul désir d’« aller dans le sens de l’Église et ne pas donner l’impression de m’opposer à une décision du pape ». Elle avait appris, en 1992, que son livre n’avait pas été utilisé lors du procès en béatification, l’avocat du diable étant membre de l’Opus Dei.

 

Quelles sont les réactions à ce livre depuis sa parution en France ? Pour Béatrice de La Coste, porte-parole de l’Opus Dei en France, « les changements d’attitude de son auteur suffisent à discréditer ce livre ». « Les contre-vérités et distorsions de la réalité qui émaillent l’ouvrage ont été largement et formellement démenties par nombre de témoins oculaires », peut-on lire également sur le site de l’Œuvre. De son côté, Aymeri Suarez-Pasos, ancien « numéraire » (1991-2005) aujourd’hui président de l’Avref (Aide aux victimes des dérives de mouvements religieux en Europe et à leurs familles), affirme que « tout ce qui est décrit par Carmen Tapia est toujours vrai, car l’Opus n’a pas changé d’un iota ». Selon lui, l’Œuvre continue de « manipuler l’histoire, de piétiner les consciences, de contourner le droit canonique et de cacher ses documents internes ».                                                                   

 

 (1) Au cœur de l’Opus Dei », Marie del Carmen Tapia, Albin Michel, 464 p., 22,90 €. (2) Ce théologien indo-espagnol (1918-2010) fut prêtre de l’Opus Dei de 1940 à 1966.

 

http://www.la-croix.com/Urbi-et-Orbi/Monde/Trois-questions-sur-le-temoignage-d-une-ancienne-membre-de-l-Opus-Dei-2016-04-14-1200753314

 

 

 

 

Elle a fait condamner l'Opus Dei

 

Paris Match - actu-match | jeudi 4 avril 2013

Paris, le 22 septembre 2011. Catherine Tissier (à gauche) et son avocat Rodolphe Bosselut (au centre) au tribunal correctionnel du Palais de Justice de Paris pour l'ouverture du procès qu'elle intentait à des associations proches de l'Opus Dei 

Pour la première fois dans son histoire, l’Opus Dei a été condamné par la justice. Catherine Tissier et son avocat Maître Rodolphe Bosselut ont gagné en appel, le 26 mars 2013 (Cf : communiqué de l’avocat). Une victoire mondiale après douze ans d’âpres combats contre cette organisation de l’église catholique romaine, fondée par le prêtre espagnol de Balaguer, en 1928.

Isabelle Léouffre - Parismatch.com

 « J’ai d’abord ressenti un grand vide quand mon avocat m’a prévenue mardi dernier, raconte Catherine Tissier, 43 ans. Comme si je n’avais plus de but. Maintenant, je vais mieux, grâce aux messages de remerciements de ceux qui n’ont jamais osé témoigner. Mon jugement leur a permis d’avancer. Ils avaient besoin d’être certains qu’eux aussi avaient été victimes de l’Opus Dei.» Lasse, elle ajoute : « Maintenant que je n’ai plus à témoigner pour me défendre, je vais enfin m’autoriser à ne plus me souvenir de cette sordide époque. »

Tout commence à 14 ans. Au centre d’informations de son collège de Provins, Catherine tombe sur une brochure de l’école hôtelière de Dosnon, près de Soissons qui propose un Cap d’employée d’hôtel en trois ans. « Il n’était marqué nulle part qu’elle appartenait à l’Opus Dei. Depuis mon procès, c’est inscrit sur les plaquettes. » Catherine est intégrée dans l’institution et y rencontre une « nouvelle et charmante famille ». Elle ignore que l’emprise mentale a commencé.

En entrant, elle n’était pas « très croyante ». Trois ans plus tard, elle a complètement intériorisé le plan de vie de l’Opus Dei : « Dès six heures, je me lève d’un seul coup, c’est la minute héroïque, celle où j’offre ma journée à Dieu. Puis j’enchaîne prières, lectures spirituelles, angélus, chapelet, examen de conscience avant de me coucher à 22 heures. S’ajoute à cela la retraite spirituelle, une fois par an, et trois semaines d’enseignement de catéchisme intégriste. Un vrai lavage de cerveau ! »

Elle « accepte » de devenir « numéraire auxiliaire » pour l’organisation, à la fin de ses études. Plus aucun libre arbitre, nourrie, logée, sans salaire, elle devient corvéable à merci pour les différentes institutions de l’Opus. C’est seulement à 29 ans, grâce à une grave dépression qui la laissera entre la vie et la mort qu’elle sera sauvée par ses parents. « Je pesais 39 kilos. Ma mère a menacé l’Opus Dei d’une plainte « pour non assistance à personne en danger » s’ils ne me laissaient pas me reposer chez mes parents. Ces quinze jours m’ont permis de prendre du recul et de ne plus y retourner. »

Mais Catherine doit se reconstruire, réapprendre à sortir seule, à vivre en société. Par trois fois, l’organisation envoie la directrice de l’école accompagnée d’un professeur pour la récupérer. En vain. « Finalement, ce n’est qu’en portant plainte en 2001, que j’ai entamé ma guérison ». Aujourd’hui, cela fera trente ans qu’elle aura été liée, pour le pire, à l’Opus Dei.

COMMUNIQUE DE l’AVOCAT MAITRE BOSSELUT, CONCERNANT LA DECISION DE JUSTICE CONTRE L’OPUS DEI

Après plus de douze années de procédure, Catherine TISSIER gagne son procès en appel dans l’affaire dite de l’Opus Dei.

Par arrêt du 26 mars 2013, la Cour d’Appel de Paris (Chambre 1 Pôle 6) vient de déclarer l’Association de Culture Universitaire et Technique (ACUT) qui gère l’école hôtelière de Dosnon (ETPH) et le centre international de rencontres de Couvrelles, ainsi que les deux responsables desdits établissements, coupables de travail dissimulé et de rétribution inexistante ou insuffisante du travail d’une personne vulnérable ou dépendante.

Les faits concernent pour partie la situation de Catherine TISSIER engagée depuis 1987 comme numéraire auxiliaire et affectée en cette qualité pendant de nombreuses années au sein des différents établissements dépendants de l’Opus Dei, dont l’ACUT.

L’ACUT a été condamnée à une peine d’amende de 75.000 € et les deux responsables, personnes physiques, à une peine d’amende de 3.000 € chacune.

La Cour a par ailleurs ordonné, aux frais avancés de l’ACUT, la diffusion au sein des journaux LE FIGARO et LA CROIX du communiqué suivant :

« Par arrêt du 26 mars 2013, la Cour d’Appel de Paris a condamné l’ACUT à une amende de 75.000 €, Madame BARDON DE SEGONZAC et Madame DUHAIL, responsables de l’Ecole Technique Hôtelière de Dosnon et du Centre International de Rencontres de Couvrelles (Aisne), a une amende de 3.000 € chacune pour travail dissimulé en ayant fait une exploitation abusive du travail bénévole de membres de l’Opus Dei et pour rétribution contraire à la dignité en ayant profité du jeune âge et de la situation de dépendance de ses pensionnaires, élèves ou stagiaires, ainsi que de la vulnérabilité d’une numéraire auxiliaire (Catherine TISSIER) pour rémunérer insuffisamment ou se passer de rémunérer leur travail. ».

Ce communiqué établit sans conteste que les infractions poursuivies sont en lien notamment avec la vulnérabilité de Catherine TISSIER et son statut de numéraire auxiliaire au sein de l’Opus Dei.

Catherine TISSIER s’est vu allouer des dommages et intérêts en réparation de son préjudice moral et financier, ainsi que la prise en charge de ses frais judiciaires.

http://www.parismatch.com/Actu-Match/Societe/Actu/Elle-a-fait-condamner-l-Opus-Dei-475523/

 

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