Randonnée chez les illuminés

 

Témoignage vécu et réflexion de Corinne Evanesse

 

Cet article a été inspiré par une discussion à propos des guérisseurs qui enlèvent le feu que j’ai lue sur le forum des sceptiques du Québec. Un des intervenants demandait si ces pratiques existent encore en France. L’échange est visible sur  :  http://www.sceptiques.qc.ca/forum/enlever-le-feu-t6030.html

 

Voici ma réponse

REPORTAGE A VOCATION TOURISTIQUE A L’INTENTION D’UN QUEBECQUOIS SCEPTIQUE DESIREUX DE VISITER LA FRANCE PROFONDE

Cher ami sceptique,

Vous m’avez fait part dans votre dernière lettre de votre désir de visiter le pays de vos ancêtres. La fréquentation de nos grands auteurs que vous avez côtoyés au cours de vos études universitaires vous a fait admirer de loin le pays de Voltaire, de Diderot et de Descartes. Vous adhérez aux valeurs du siècle des Lumières (apprendre à penser par soi-même), de la Raison, de la Laïcité et des Droits de l’Homme que mon pays a cherché à diffuser dans le monde entier.

Permettez-moi de vous dire que si c’est là votre image de la France vous risquez de tomber de haut en venant chez nous. Ce pays a bien changé et pas toujours en bien hélas ; mes compatriotes délaissent de plus en plus ouvertement ces valeurs d’autonomie pour se jeter dans les bras de gourous, maitres à penser, psychothérapeutes et guérisseurs de tout poil dans le seul but d’éviter de se prendre en mains. Les superstitions et l’obscurantisme gagnent sans cesse du terrain. De plus, les français semblent avoir désormais peur de tout : des OGM, des ondes électro magnétiques, du nucléaire, des vaccins, des nano technologies, des pesticides, des conservateurs, de la vache folle et de la grippe aviaire…

Pour vous prouver que je n’exagère pas, je m’en vais vous conter la série d’incidents qui se sont déroulés voici quelques semaines lors d’un banal week-end de randonnée pédestre organisé, il est vrai, par des gens que je connaissais peu.

Nous sommes partis, de bon matin en voiture avec quelques amis, rejoindre ce groupe, le lieu de réunion étant le gîte d’étape qui devait nous héberger le temps d’un week-end. La randonnée avait lieu dans une région de France peu fréquentée par le tourisme de masse et faisant partie de ce qu’un sociologue avait appelé il y a quelques années « le désert français ». Il s’agit d’une vaste partie du territoire allant des frontières de l’Est (Lorraine) au Centre (Massif Central). Autrefois relativement peuplées, ces régions abritaient des petites villes prospères et de nombreux villages où vivait une importante population d’agriculteurs.

Mais avec la désertification des campagnes, on n’y trouve de nos jours que des retraités et des personnes faiblement qualifiées survivant grâce à des allocations et des petits boulots. De vastes parties du territoire ont été transformées en parcs régionaux, ce qui permet d’y attirer pour les vacances une population de citadins en mal de verdure.

Nous avons eu bien du mal à trouver ce gîte qui était situé à l’écart d’un village dans une zone encore plus déserte que les autres. Il s’agissait d’un ancien corps de ferme massif et austère qui depuis longtemps accueillait les pèlerins traversant la France pour rejoindre des lieux saints.

De nos jours, on ne croise plus gère de pèlerins, la France est un des pays les plus déchristianisés d’Europe ; mais les chemins empruntés autrefois par eux sont commodes et bien entretenus ; de plus, ils traversent des régions pittoresques : on les appelle GR (sentiers de Grande Randonnée). Ils sont très fréquentés par les vacanciers ; depuis que mes compatriotes sont devenus citadins, ils trouvent plaisant de vivre pendant quelques jours comme leurs ancêtres.

Où l’on voit un groupe de sympathiques randonneurs se transformer en une tribu de bouseux réactionnaires

Les autres randonneurs du groupe étaient déjà arrivés ; nous nous sommes installés dans l’herbe pour pique-niquer. C’est à ce moment là qu’une réflexion lancée par un des membres du groupe et approuvée par les autres me fit avaler de travers :

« Au moins ici, on est à l’abri des mauvaises ondes ! ».

La conversation au sujet de la nocivité des ondes dura un moment ; manifestement, la plupart des gens réunis là en étaient persuadés

Une question perfide de ma part me permet d’apprendre que tous possédaient néanmoins un téléphone portable, par obligation, par obligation professionnelle, à cause des enfants etc. Mais ils l’utilisaient avec parcimonie, bien sûr. Un des hommes présents assura qu’il ne voulait pas d’ordinateur chez lui car il sentait la présence des ondes et elles lui donnaient d’affreuses migraines ; lorsqu’il voulait aller consulter internet il se rendait dans un café.

Je me souviens avoir lu il y a quelques années dans un hebdomadaire un article ayant pour titre « l’hystérie est morte ». D’après les psychiatres, on ne rencontre plus de nos jours de ces grandes paralysies d’origine hystérique qui étaient fréquentes du temps du professeur Charcot.

Et bien, ils feraient bien d’aller faire un petit séjour au sein d’une population adepte des mouvements New Age et d’écologistes intégristes ! Quand je pense que ces misogynes assuraient qu’il s’agissait d’une maladie typiquement féminine.

Certes, il faut poursuivre les recherches sur les éventuelles conséquences négatives des ondes sur le cerveau, mais je trouverais judicieux de publier aussi une étude indiquant le nombre de vies qui ont été sauvées par un appel aux urgences donné à partir d’un téléphone portable…

Bien entendu, je fis part de mon scepticisme au sujet de l’importance des dégâts causés par les ondes ; une femme me passa alors une revue qu’elle avait amenée dans laquelle les dangers des téléphones, ordinateurs, téléviseurs et ampoules à basse consommation étaient détaillés à qui mieux-mieux. Il s’agissait d’une de ces revues ciblant les écologistes vendues par abonnement ou disponibles dans les boutiques de produits diététiques. En la feuilletant, j’y découvris toute une page de petites annonces vantant les mérites de monsieur Mammadou X grand marabout, madame Y astrologue, Madame Z guérisseuse magnétiseuse, d’autres publicités pour des formations bidons : devenez professeur de yoga par correspondance, naturopathe en 2 ans, sous forme de stages d’un week-end par mois (il faut 3 ans ½ à temps plein pour former une infirmière…), sans parlant des guérisseurs par les cristaux (sortes de gri gris modernes), objets mystérieux protégeant des ondes maléfiques des ordinateurs , j’en passe et des meilleures…

Que penser d’un rédacteur en chef qui autorise ce type d’annonces ? Qu’il fait preuve d’un manque certain de déontologie. On peut douter qu’un tel individu vérifie le sérieux et la justesse des articles qu’il publie. Manifestement, nos adeptes du retour à la vie simple d’autrefois n’étaient pas troublés par ces petites annonces. La femme m’expliqua que, certes, certaines ne semblaient pas très sérieuses mais qu’une revue indépendante, n’appartenant à aucun grand groupe financier avait du mal à assurer son financement ; les petites annonces constituaient avec les abonnements un moyen de faire paraître la revue, d’autant plus que l’équipe des journalistes refusait d’ouvrir ses colonnes à la publicité commerciale !

Traduisons : une revue traitant des problèmes d’environnement ne se déshonore pas en acceptant une petite annonce de monsieur Mammadou X grand marabout, par contre, elle risquerait de se déshonorer en acceptant de publier une publicité pour L’Oréal méchante entreprise capitaliste qui détruit la planète.

Ce genre de revue « torchon » cause bien du tort à l’écologie. Nous aurions pourtant bien besoin que des personnes sérieuses et compétentes se penchent sur les problèmes d’environnement.

A ce moment là, je sus que ce séjour qui aurait dû être pour moi un moment de détente risquait de tourner à la bataille rangée… Je décidai de ne plus tenir de discours hostiles sachant que j’y perdrais mon temps et mon énergie. Je préférai adopter l’attitude d’une ethnologue en pays zoulou : me taire, observer et écrire un compte rendu détaillé de ce que j’aurais vu et entendu.

Avec cette discussion sur les ondes, nous avions failli oublier le but de notre voyage ; le pique-nique étant terminé, nous partîmes pour une première randonnée dite de « mise en jambes » afin de nous préparer à la grande randonnée du lendemain.

Les sentiers empruntés traversaient des paysages doux et charmants, vallonnés juste ce qu’il faut pour ne pas être monotones, des prairies herbeuses, des villages pimpants dotés de belles églises romanes…

« Halte là ! Me direz-vous, comment des villages abandonnés par leurs habitants en plein cœur du « désert français » pourraient être pimpants ? Ne devraient-ils pas plutôt être en ruine ?

- Que nenni, cher ami, que nenni… C’était effectivement le cas, voici quelques dizaines d’années ; mais ces villages ont été rachetés, maison par maison pour une bouchée de pain par des masses de Hollandais* qui les ont depuis retapés et astiqués à souhait. Ces anciennes maisons de paysans ont été transformées en résidences secondaires et sont inoccupées la majeure partie de l’année. »

Après la ballade, nous rentrâmes au gîte préparer le diner ; j’avais crains un moment de devoir avaler cette nourriture à la fois insipide et infecte qu’affectionnent les végétariens (ce que mon estomac n’aurait pas supporté), mais ce ne fut pas le cas ; les produits issus de l’agriculture biologiques ne sont pas à la portée de toutes les bourses. Les personnes réunies là n’étaient pas issues du milieu « bobo » (bourgeois bohèmes). Il s’agissait d’employés et de fonctionnaires ; il y a loin de la coupe bio aux lèvres…

Où l’on voit un danseur de bourrée auvergnate se transformer en adorateur de la déesse Litha

Comme il était encore tôt, un des membres du groupe proposa d’aller faire un tour à un bal folk qui avait lieu dans un hameau tout proche à l’occasion de la fête des feux de la Saint (24 juin). Il s’agit là d’une récupération par l’Eglise de l’antique fête païenne du solstice d’été (21 22 juin), que l’on appelait chez les celtes « fête de Litha ». On y rendait hommage à cette occasion au Dieu solaire, alors au sommet de sa puissance. Le retour au celtisme fait fureur en France depuis quelques années. Les charlatans adeptes de la magie des druides ont créé de multiples sites pour attirer les clients.

Les français se détournent de plus en plus des religions traditionnelles ; ce n’est pas pour autant qu’ils deviennent athées. Ils ne croient plus en Dieu, ils croient en tout. Ils adoptent simplement d’autres croyances plus exotiques, empreintes de magie et surtout moins exigeantes sur le plan de la morale et des mœurs.

Comme la tradition celte est éteinte depuis 2000 ans, on rencontre dans ce milieu des escrocs et des individus au cerveau plus ou moins dérangé…

Après avoir déambulés un certain temps sur des routes mal entretenues et pleines de nids de poules, nous aperçûmes enfin un feu de joie qui avait été allumé non loin d’une grange ; des danseurs tournaient en rond autour au son d’une musique folklorique jouée par plusieurs musiciens.

Les danses folkloriques reviennent à la mode en France alors qu’elles étaient considérées comme totalement ringardes voici quelques dizaines d’années. Des cours de danses traditionnelles sont organisés partout ; les jeunes y côtoient leurs ainés. Cela participe d’un puissant sentiment de nostalgie qui étreint le cœur de mes compatriotes depuis qu’ils ont compris que la France n’est plus le centre du monde. Un célèbre journaliste français, Alain Duhamel a d’ailleurs décrit cet état d’esprit dans un livre fameux : « le complexe d’Astérix. »**

Je sais bien que vous êtes d’avantage familiarisé avec l’œuvre de Tacite qu’avec celle de Goscinny et Uderzo, mais, tout de même, ce petit village gaulois entouré de palissades et qui résiste encore et toujours à l’envahisseur romain, ça vous dit quelque chose non ?

De nos jours les romains devraient être remplacés par les Anglo-Saxons et plus particulièrement tout ce qui vient d’outre Atlantique, excepté le Québec bien sûr…

Il ‘agit là de cette vieille antipathie réciproque qui oppose depuis des lustres les francophones aux anglophones et qui remonterait pour les uns à la guerre de cent ans, pour les autres à l’invasion de l’Angleterre par Guillaume, le bâtard de Normandie

Mes compatriotes ont tendance à rendre les Anglo-Saxons responsables de tout ce qui fonctionne pas dans notre pays ; ils préfèrent se replier sur eux même et des traditions appartenant au passé au lieu d’accepter de vivre dans un monde en pleine transformation et qui ne les attendra pas.

J’en étais là dans mes réflexions tout en observant mes camarades randonneurs qui s’étaient lancés sur la piste de danse lorsqu’un cri déchirant me fit soudain tourner la tête en direction du feu : un homme en voulant sauter par dessus comme le veut l’antique tradition avait raté son coup et s’était manifestement brûlé le mollet. Ces gens avaient beau vouloir remettre au goût du jour le culte de Litha, ce n’est pas pour autant qu’ils étaient capables de faire apparaître d’un coup de baguette magique un chamane druide authentique capable de transformer un être humain en puce sauteuse.

Le type braillant lamentablement, un des danseurs l’aida à atteindre la ferme toute proche et lui installa le mollet sous le robinet d’eau froide ; il y resta un bon moment. Heureusement qu’un des participants à cette fête avait son brevet de secourisme, sinon nous aurions eu bien du mal à trouver un médecin dans cette région. Nos jeunes généralistes ne se bousculent pas pour aller installer leur cabinet à la campagne. Ils préfèrent de plus en plus devenir salariés et travailler avec des horaires de bureau ; sinon ils ouvrent un cabinet dans un quartier résidentiel d’un grand centre urbain et se spécialisent en médecine esthétique ou en homéopathie ; ils n’ont plus à s’occuper alors que d’une clientèle de gens aisés et hypocondriaques. A faux malades, fausse médecine ; pendant ce temps, les vrais malades ne sont pas soignés…

Oui, oui, je sais… Je suis en train de faire le mauvais esprit, dans le genre vieux Caton qui peste contre la décadence de sa civilisation… Que voulez vous, les français ont toujours du sang latin !

Enfin, revenons à nos moutons et au sujet de ma lettre ; j’y viens enfin :

C’est à ce moment là qu’un homme qui ne s’était pas encore manifesté jusque là s’avança pour proposer ses services. Il se présenta comme magnétiseur spécialisé dans les brûlures .Il se proposait de soigner gratuitement notre blessé ; il ne faisait pas profession de guérisseur ; ce don, il ne pouvait pas le monnayer, sinon, la sainte Vierge qui le lui avait transmis par l’intermédiaire de sa grand-mère peu avant sa mort, aurait été furieuse et le lui aurait retiré.

Notre blessé fut donc amené à la ferme et y resta pendant un long moment ; nous n’eûmes pas droit d’assister à la séance. Lorsqu’il reparut enfin, nous rentrâmes au gîte, il était tard, et nous avions prévu une longue marche le lendemain ; enfin, en principe…

Connaissant les inconvénients des dortoirs, j’avais anticipé certains problèmes (ronflements, inconfort du matelas) ; je m’étais munie de boules Quiès et je pris un demi somnifère.

Le lendemain matin, lorsque je descendis pour le petit déjeuner dans la salle commune, le hasard voulut que je me retrouve assise à coté d’une femme étudiante en médecine chinoise ; elle discutait avec sa voisine qui avait passé une mauvaise nuit et lui prodiguait moult conseils pour mieux dormir. Le nez dans mon bol de café, je n’en perdais pas une miette et me gardai bien d’intervenir Cette femme était maigre, de cette maigreur osseuse typique de ces gens qui ne mangent que des légumes vapeur et du tofu. Elle avait la bouche fine et les lèvres pincées, tout à fait l’allure de ces infirmières cathos d’autrefois, enfin, ce que j’en imagine …

« Dans la médecine chinoise, pérorait-elle, nous disons que l’insomnie est due à une mauvaise circulation du ying et du yang. Le yang, énergie masculine est liée à l’activité du jour et à l’agitation mentale et superficielle qui est caractéristique des sociétés modernes ; elle a tendance à s’accumuler dans la tête au cours de la journée ; le yang est une énergie qui monte.

Pour bien dormir, il est nécessaire de permettre à cette énergie yang de s’apaiser et de descendre, ce qui va la transformer en énergie ying, celle de la nuit et du repos. Je te conseille de concentrer ton mental agité sur la sensation de tes pieds, au besoin en plaçant un objet lourd, par exemple un sac sur tes pieds pour accroitre la sensation. Le fait de penser à tes pieds va permettre à l’énergie yang accumulée dans ton crâne de redescendre et cela favorisera ton sommeil. »

Je vous avoue que j’eus bien du mal à me retenir de rire et je faillis avaler ma tartine de travers. Voici donc, me dis-je la version chinoise de notre méthode traditionnelle occidentale censée favoriser le sommeil : compter les moutons. Effectivement, si vous obligez votre cerveau à se concentrer sur une occupation très ennuyeuse, il y a de fortes chances que vous finirez par vous endormir.

A ce moment là notre blessé de la veille apparut, déclarant qu’il avait passé une fort bonne nuit, sans doute grâce au magnétiseur. En fait, il s’agissait d’un des ronfleurs traditionnels du groupe, un homme qui s’endormait très vite, avait le sommeil lourd et empêchait tout le monde de dormir…

Il affirma aller beaucoup mieux et être prêt pour la randonnée. Plusieurs personnes s’extasièrent sur l’efficacité du magnétiseur ; il aurait mieux valu parler de l’efficacité de l’eau courante sur la brûlure. Je tentais d’en parler mais personne n’écoutait.

Si vous demandez conseil à votre médecin ou si vous recherchez des informations sur les brûlures en ligne, vous apprendrez que laisser la partie du corps brûlée sous l’eau froide pendant plusieurs minutes est le traitement le plus efficace  pour les brûlures superficielles ; or, c’est précisément ce qu’avait fait notre blessé la veille.

Les guérisseurs ont l’habitude de se servir de cette confusion pour entretenir l’idée que leurs pratiques sont efficaces.

Or, ce n’est pas parce que 2 événements se suivent dans le temps (ici, l’intervention du magnétiseur suivi de la diminution de la douleur chez le patient), qu’il faut en déduire que l’événement numéro 2 est causé par l’événement numéro 1. Dans l’exemple ci dessus, le soulagement du patient est du à l’eau. Or, l’intervention de l’eau semble avoir été oubliée, occultée par les personnes présentes. Les guérisseurs sont très doués pour utiliser ce type de subterfuge. Ils ont l’art de mettre en scène leurs pratiques, jettent de la poudre aux yeux de la même façon que les prestidigitateurs détournent l’attention du public au moment où ils utilisent leurs fameux trucs.

Par exemple, les homéopathes prescrivent rarement ce type de médicament seul. Leurs ordonnances comportent souvent autre chose de plus efficace ; un traitement aux plantes, par exemple. Mais, comme ils sont répertoriés comme homéopathes, la guérison du patient sera attribuée aux granules plus qu’au second médicament.

Autre possibilité à laquelle le public pense rarement : un grand nombre de maladies ne nécessitent aucune prise de médicament et guérissent spontanément ; le corps sait très bien faire ce travail tout seul. Je ne parle bien sûr pas des cancers ou scléroses en plaques mais de tous ces « bobos » du quotidien pour lesquels nous consultons le médecin généraliste. Remarquons d’ailleurs que de plus en plus de médicaments prescrits par les généralistes ne sont plus remboursés pour cause de manque d’efficacité ; ce qui est une façon courtoise de dire qu’il ne s’agit pas de réels médicaments mais de « grigris » destinés avant tout à rassurer le patient

Dans l’exemple ci dessus, la cicatrisation d’une brûlure superficielle prendra un certain nombre de jours que nous soyons d’accord ou pas. Or, dans nos sociétés modernes, nous sommes trop pressés et voudrions être remis sur pieds en 48 heures, ce qui est impossible.

De nombreuses guérisons sont attribuées à tort aux guérisseurs ou à la poudre de perlimpinpin alors que la cause en est le temps.

Certes, me direz vous, mais plutôt que de me dire ça à moi qui suis déjà convaincu pourquoi ne pas l’avoir dit à vos randonneurs ?

Parce que je n’ai pas de tendances suicidaires ; il est impossible de discuter avec un groupe de fondamentalistes ; leurs prétendus arguments en faveur des médecines parallèles n’ont rien de rationnels ; il s’agit de croyances dont les origines sont émotionnelles ; la peur est une émotion particulièrement archaïque

 

Nous partîmes enfin marcher. Le temps était beau et sec ; la température monta très vite et nous eûmes de multiples occasions de transpirer et de haleter à fore de monter et de descendre des côtes… Le pique-nique de midi fut bienvenu et me donna l’occasion d’observer plus attentivement ce que mes compagnons avaient apportés avec eux. Et bien figurez vous qu’un des randonneurs n’avait rien emporté du tout, sauf de l’eau. Il prétendit que la randonnée était pour lui une excellente occasion de jeûner ; les bienfaits du jeûne n’étaient plus à démontrer, surtout lorsqu’il était pratiqué en même temps qu’une activité physique. Entre autres vertus, il permettait d’éliminer les toxines accumulées dans l’organisme par une alimentation trop copieuse et industrielle.

Voici encore un exemple d’une conception religieuse et punitive de l’alimentation caractéristique de certains milieux New Age. Posez la question à un médecin : le jeûne n’a non seulement aucune vertu médicale mais, bien au contraire, il risque d’entrainer des malaises et des carences

L’après-midi se déroula sans incidents notables, si ce n’est qu’une fois de plus, j’eus l’occasion de remarquer l’incohérence du comportement de ces gens...

Exemple : le soleil printanier avait beau taper dur, peu de gens avaient pensé à apporter une protection solaire ; ils randonnaient en bermudas et tee-shirts sans chapeau ni crème solaire.

Voilà des gens qui avaient peur des ondes mais qui ne craignaient pas les rayons du soleil, bien cancérigènes pourtant. J’en fis la réflexion à une de ces dames qui laissait son fis gambader sans protection ; elle me répondit que la coopérative bio n’avait pas reçu de crèmes solaires et que pour rien au monde elle aurait acheté une de ces crèmes vendues dans le commerce, d’après elle cancérigènes.

Autrement dit, il existerait les bons cancers amenés par la grâce du soleil et les mauvais, amenés par ces maudits laboratoires qui détruisent la planète (avec la complicité de la CIA sans doute).

J’en avais plus qu’assez de ces gens et je m’enfermai dans un silence morose…

 

 

PS

Figurez vous qu’au moment de mettre ma lettre dans l’enveloppe, j’ai bien failli la déchirer ; en fait j’ai honte de ce qu’est en train de devenir mon pays et ses habitants, une bande de vieux « chnocs réacs » .

Et puis, je me suis dit que j’étais peut-être trop pessimiste après tout…

Tenez, quand vous viendrez en France, nous en profiterons pour faire quelques descentes de cave, nous trinquerons au bon vieux temps, cette époque bénie où la moitié des femmes mourait en couche et où l’espérance de vie ne dépassait pas 40 ans…

______________________

* La Hollande est un petit pays situé au nord de l’Europe et qui manque terriblement d’espace.

**Alain Duhamel : le complexe d’Astérix, essai sur le caractère politique des français

 

 

Retour