J’ai faillis devenir un gourou

ou l’addiction astrologique

 

Corinne Evanesse, correspondante du GEMPPI

Publié le 01.01.2013 dans le trimestriel du GEMPPI : Découvertes sur les sectes et religions

 

Du temps où j’étudiais l’astrologie, j’avais un couple d’amis qui avaient pris l’habitude de faire appel à ma  « science »  au moindre prétexte. Cette  manie s’était développée d’une façon insidieuse, sans que j’y prisse garde. A leur  demande, j’avais monté et interprété leur thème de naissance. Je pensais m’en tenir là mais, au fil des ans,  leurs questions se firent de plus en plus fréquentes. Au moindre problème, ils  venaient me demander conseil semblant incapables de prendre une décision sans vérifier auparavant qu’ils agissaient sous un ciel favorable à leur projet. Comme à l’époque, je me comportais de la même façon, consultant les astres à tout propos, je mis du temps à voir qu’ils étaient devenus dépendants de ce que je leur racontais.  Le phénomène avait pris de l’ampleur du fait  que je ne leur faisais rien payer ; de plus, nous étions voisins et ils étaient sûrs d’avoir toujours (ou presque) leur astrologue sous la main.  S’ils avaient dû débourser de l’argent en allant consulter un professionnel, sans doute cette addiction aurait-elle été freinée par leurs finances limitées et encore, ce n’est pas certain...

Non seulement je n’étais pas consciente du pouvoir que j’avais pris sur eux, mais, en outre, j’étais persuadée que j’avais une action positive dans leur vie ; d’ailleurs, ce n’était pas vraiment moi qui m’exprimais, mais les astres qui parlaient à travers moi.

Au bout d’un certain temps, ces coups de fil intempestifs finirent par m’agacer, puis par m’exaspérer franchement. Je commençai à me poser des questions.

Chercher à aider ses amis était certes une bonne chose, mais je n’étais pas psychothérapeute et les discussions que j’avais avec eux tournaient régulièrement à la consultation de type psy. Ne sachant pas trop quoi faire, j’en discutai avec une amie ayant suivi la même formation que moi et qui avait choisi de devenir astrologue professionnelle,  elle s’était en outre formée à la psychothérapie d’inspiration bouddhiste et était devenue la disciple d’un maitre spirituel connu dont elle me faisait un grand éloge, bref, une femme dont les avis comptaient pour moi à l’époque.

« Mais bien sûr, c’est normal que tu en aies assez ! Tu n’es plus dans ton rôle d’amie depuis longtemps, ça ne va pas du tout !  Si ces gens vont si mal, tu devrais me les envoyer, il vaut mieux qu’ils consultent une personne  qu’ils ne connaissent pas. »…

« D’ailleurs, je suis sûre qu’il y a quantité d’aspects de leur thème astral dont tu n’as pas osé leur parler… »

Je n’avais pas été convaincue par ses arguments et du coup, je  ne leur ai pas communiqué les coordonnées de cette  astrologue. Cette femme m’affirmait qu’il ne fallait pas mélanger relation amicale et relation thérapeutique, or,  elle n’avait rien trouvé de mieux à faire que de prendre en thérapie bouddhiste ses amis d’enfance !

De plus, changer d’astrologue n’était pas une solution ; certes, j’aurais été débarrassée d’eux ce qui m’aurait bien arrangée, mais je commençais à remarquer leur dépendance aux arts divinatoires (sans toutefois prendre conscience de la mienne)

Que faire ? Je me sentais coincée ; de plus, je constatai qu’ils  me posaient régulièrement les mêmes questions, ce qui signifiait  qu’ils n’écoutaient rien de ce que je leur disais…

Je choisis de leur conseiller  d’aller consulter un psychothérapeute, de préférence  spécialisé  dans les problèmes de couple… A l’époque, ils le prirent fort mal.  Dans le milieu qu’ils fréquentaient alors,  les psychologues n’avaient pas bonne réputation ; la psychologie ne s’occupant que de la psyché, c’est-à-dire des aspects les plus inférieurs de l’esprit et n’avait pas la même valeur  que l’astrologie, puisqu’il s’agissait d’un art sacré, dont l’objectif était la transformation intérieure de l’adepte…

Je précise au passage que ce n’est pas moi qui leur avais mis dans la tête cette idée saugrenue, ils la défendaient déjà avant de faire ma connaissance …

Ces gens avaient toutes sortes de croyances curieuses ; bien que n’ayant pas suivi la même formation d’astrologie  que moi, ils auraient été tout à fait à leur place parmi mes camarades.

Dans le but de m’en débarrasser, je les informai alors que je ne faisais plus d’astrologie ; le sujet avait cessé de m’intéresser, j’avais tourné la page.  A l’époque, c’était faux, il s’agissait d’une ruse.

Ils n’acceptèrent pas ma décision et firent des pieds et des mains pour me faire changer d’avis ; j’eu droit à tout : compliments sur mes dons d’astrologue, flatteries appuyées, chantages affectifs, tentatives pour me culpabiliser et j’en passe…

L’addiction aux arts divinatoires

Je constatai également qu’à chaque fois que je les voyais, chez des amis communs par exemple, ils trouvaient toujours un moyen pour faire tourner la conversation en direction des arts divinatoires, même si le sujet dont il était question à ce moment là ne s’y prêtait pas du tout !

Non seulement je ne changeai pas d’avis, mais leur attitude de drogués en état de manque me conforta dans l’idée que j’avais pris la bonne décision ; ils avaient bel et bien besoin d’être sevrés !

Les conséquences ne tardèrent pas à se faire sentir : une rupture violente avec le couple  qui me reprocha en public de les abandonner

Car, en effet, cette malheureuse histoire m’avait servie de leçon.

Mais je n’en pouvais plus et je ne revins jamais sur cette décision ;  ce fut une délivrance.

Cette rupture fut suivie de  bien d’autres. Je ne vois plus, par exemple, cette « amie » astrologue professionnelle, qui s’est spécialisée depuis en psychothérapie  néo-bouddhiste. Elle n’a jamais accepté que je renonce à défendre la Cause et de toute façon, nous ne vivons plus sur la même planète. Je ne la regrette pas, pas plus que les autres d’ailleurs……

J’appris, bien plus tard, que  le couple  en question avait entrepris une psychothérapie  Bien entendu, ils choisirent un homme partageant leurs croyances  (ou faisant semblant de les partager) ; il les envoya consulter une autre astrologue, puis, un chamane…

Aux dernières  nouvelles, le mari étudierait le tarot divinatoire.  Il ya des gens qui ne s’en sortent jamais…

        A ce sujet, je tiens à préciser que je mets bien dans le même sac TOUS les arts divinatoires. Contrairement à ce que racontent certains escrocs, l’astrologie est bien une mancie, il s’agit de voyance et de rien d’autre. Chercher à distinguer l’astrologie des arts  divinatoires, n’est qu’une tentative pitoyable pour rapprocher l’astrologie de l’astronomie, autant vouloir dire que l’alchimie ressemble à la chimie.

Cette malheureuse histoire me servit de leçon.

C’est à cette époque que je décidai de renoncer à devenir astrologue professionnel et je refusai à partir de ce moment là toutes les demandes qui m’étaient faites.

J’en avais par dessus la tête des problèmes des autres et il n’était pas question  de me laisser piéger  par une autre  expérience.  Lorsque j’annonçai ma  décision  à mes camarades étudiants  en astrologie, ce fut la consternation ; personne ne comprit ;  j’eu droit à toutes sortes de reproches ; en particulier on fustigea mon indifférence à la souffrance d’autrui et mon égoïsme.

Mais je n’en pouvais plus et je ne revins jamais sur cette décision ;  ce fut une délivrance.

Malheureusement, renoncer à devenir astrologue ne signifiait pas que j’avais cessé d’y croire !

Voir l’état de dépendance dans lequel étaient tombés ces gens me fit prendre conscience que moi-même je ne faisais guère mieux… L’astrologie faisait tellement partie de ma vie que je ne concevais pas de prendre une décision sans consulter auparavant les astres. J’observais le même phénomène chez les autres  astrologues que je fréquentais ; nous vivions dans un monde à part, parlant un langage qui n’appartenait qu’à nous. Je voyais bien que quelque chose n’allait pas mais je ne savais pas quoi faire pour en sortir. Cesser de pratiquer cet art était exclu mais j’aurais aimé ne plus en être dépendante, un peu comme ces fumeurs qui pensent à réduire leur consommation de cigarettes et pensent parvenir à gérer leur consommation…

Sans aller  jusqu’à me poser des questions sur sa validité, je me demandais si, à la longue, cette pratique était si bénéfique que ça. Je constatai en particulier que devenir astrologue avait développé mon anxiété. J’avais toujours eu une tendance à me faire du souci mais étudier l’influence des astres  ne m’avait pas aidé du tout à maitriser cette tendance, bien au contraire, cela n’avait servi qu’à me donner de nouvelle raisons de m’inquiéter. La peur de l’avenir est au cœur de la vie des astrologues et de leurs clients ; ils cherchent  percer ses secrets dans le but de se rassurer et de se protéger de malheurs futurs. Bien entendu il s’agit d’une attente toujours déçue puisqu’il est impossible de prévoir l’avenir. Mais au lieu de se rendre à l’évidence, astrologues et clients ne font que persévérer dans l’erreur.

Les occasions de se faire du souci quand on est astrologue ne manquent pas : il faut savoir que sur les 10 planètes prises en compte dans un thème astral, un grand nombre sont réputées être maléfiques : mars et saturne, pour commencer ; les nouvelles planètes découvertes depuis la fin du 18ème siècle n’ont pas une très bonne réputation non plus. Lorsque l’une d’entre elle passe par transit sur un des points importants du thème de naissance ascendant, descendant, fond du ciel, milieu du ciel, soleil, lune, maitre d’ascendant…) que va-t-il arriver ? Et à cela s’ajoutent les autres outils utilisés par l’astrologue pour prévoir l’avenir : révolutions solaires, révolutions lunaires, directions primaires, secondaires et symboliques…

Ah, que d’occasions de se prendre la tête et d’angoisser !

Par moments, j’aurai bien aimé tout envoyer balader, mais à quoi bon ? Je connaissais les positions astrales par cœur, je n’avais même plus besoin de consulter des éphémérides (tables des positions planétaires) pour savoir la position de telle ou telle planète dans le ciel ; je ne pouvais pas oublier ce que je savais : nous étions soumis aux astres et à leur influence, nos vies ne nous appartenaient pas, nous n’avions aucune marge de manœuvre !

Une véritable aliénation dont je n’ai jamais entendu dénoncer les méfaits nulle part. Combien d’articles ai-je lus dénonçant (avec toutes sortes d’arguments) les mensonges de l’astrologie ; je n’ai rien trouvé concernant ses dangers, sauf peut-être en lisant certaines pages  de blogs sur internet  écrits par des évangélistes, qui, une fois n’est pas coutume, ont réussi à dire quelque chose de vrai.

Vous devez vous demander comment j’ai réussi à m’en sortir ?

Ce sera pour une autre fois.

A SUIVRE…

 

 

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