MEDITATION

 

 

Pourquoi la pleine conscience séduit tant

Le Soir - 16/09/2016 - Elodie Blogie -  La « pleine conscience » est partout : dans les livres, les conférences (comme celle du Dalaï-Lama le week-end dernier)... et les iPhones ! Doit-on tous s’y mettre ? Analyse critique d’un phénomène où altruisme, commerce et performance ont parfois tendance à se mêler, ou à se brouiller.

Alors que l’iPhone 7 a été mis en vente ce vendredi, on apprenait cette semaine qu’Apple avait introduit une nouvelle appli dans son onglet santé : une application « pleine conscience » (lire ci-contre). Les addicts de la marque à la pomme apprendront-ils à se « déconnecter » ? Le ver est dans le fruit, en tout cas. Car que les autres se rassurent : livres, livres audio, conférences, cycles de formations, magazines ; la pleine conscience est partout ! Qu’Apple s’en saisisse dit quelque chose de l’engouement généralisé pour la vague de la « mindfulness ».

Pour les derniers irréductibles qui n’en auraient pas entendu parler, la mindfulness ou « pleine conscience » en français est une technique de méditation, initialement inspirée du bouddhisme. Elle consiste à se recentrer sur ses propres pensées, ses propres actions et motivations et donc à en prendre « pleinement conscience ». Depuis plusieurs années, elle remporte un succès grandissant notamment pour aider les individus à gérer leur stress, à réguler leurs émotions et leurs pensées négatives, comme l’explique Sandrine Deplus, Docteur en psychologie, responsable du certificat universitaire de l’UCL « Interventions psychologiques basées sur la pleine conscience » : « la rumination est un processus important actuellement : il s’agit de notre tendance à avoir des pensées qui tournent en rond dans notre tête. Ce sont des pensées très générales, très verbales, orientées vers le passé ou le futur. La pleine conscience a pour objectif de nous ramener à notre expérience concrète, ici et maintenant, via un retour au corps. » …

Attention au CV des formateurs

Le côté scientifique rassure également, ajoute le cofondateur d’Emergences, ASBL qui dispense de nombreuses formations mindfulness. C’est que de nombreuses études scientifiques valident en effet ces techniques et leurs bienfaits. Le secteur de la psychologie y a aussi recours : la pleine conscience serait par exemple assez efficace pour prévenir les rechutes dépressives. Dans le même temps, Sandrine Deplus met en garde : « la pleine conscience n’est pas forcément bénéfique pour tous. Ainsi, pour des personnes ayant subi un traumatisme, ou étant affectées de troubles psychologiques particuliers, l’intervention peut avoir des effets négatifs. D’où l’importance de porter une certaine attention au CV des formateurs. » Car comme n’importe quelle tendance, la pleine conscience apparaît également comme un nouveau gagne-pain potentiellement très lucratif pour tout opportuniste désireux de se reconvertir. Ilios Kotsou ne nie pas cette dérive, inévitable...

Des problèmes extérieurs, des réponses intérieures

Toutefois s’il est soutenu que tout un chacun possède d’innombrables ressources, force est de constater que la pleine conscience est pratiquée principalement par une certaine frange de la population. « En termes d’âge, nous avons beaucoup de trentenaires, explique Ilios Kotsou. Au niveau des professions, c’est assez diversifié : dentistes, médecins, journalistes, de nombreux indépendants, issus du monde de l’entreprise, beaucoup d’artistes aussi. Mais, et c’est regrettable, nous devons reconnaître que la majorité des adeptes possède un certain niveau d’éducation. C’est une population socio-culturellement favorisée. » Un « truc de bobos », comme on le dit, en caricaturant ? … …Se concentrer sur ses pensées, développer toutes ses ressources insoupçonnées… La pleine conscience ne confine-t-elle pas à une forme d’égoïsme et d’éloignement des réalités de l’autre ? Le risque narcissique existe, estime Carlo Luyckx, président de l’Union Bouddhique Belge : « Le danger est que la pleine conscience suive le même chemin que le yoga : tout le monde en fait, mais pourquoi ? Si on commence à utiliser la méditation uniquement pour soi-même, pour être plus concentré, plus efficace, on perd la motivation altruiste et philosophique qui fonde cette technique… » Nicolas Marquis reste circonspect sur cette question : « Ces techniques ont pour point commun de pousser les individus qui rencontrent des problèmes dont les causes sont extérieures à eux – stress au travail, burn-out ou simples embouteillages – à y répondre en internalisant la responsabilité. » En d’autres termes, le problème est extérieur mais c’est l’individu lui-même qui est appelé à y répondre en puisant dans ses ressources, pas en questionnant les causes de ces ennuis. Or, « cela correspond à une logique socialement très valorisée, poursuit le sociologue. Dans un contexte où les entités collectives, comme les partis politiques ou les syndicats, sont fortement discrédités, l’individu est appelé à se saisir de la seule marge de manœuvre dont il dispose : lui-même. » Pour Nicolas Marquis, parler d’égoïsme ou de désintérêt pour l’action collective n’est donc pas correct. Mais il semble que le travail sur soi soit devenu la seule façon d’agir. Un peu à l’instar des initiatives locales, citoyennes, potagers bio & co, dans le sillage du film Demain. « Il y a en ce sens quelque chose de «magique» à penser qu’une addition de gens qui travaillent sur eux-mêmes va un jour donner lieu à un grand renversement planétaire et déboucher sur un monde meilleur », glisse le professeur…

http://plus.lesoir.be/59724/article/2016-09-16/pourquoi-la-pleine-conscience-seduit-tant

 

 

 

MEDITATION DE PLEINE CONSCIENCE

 

Si la méditation en elle-même n’est pas une dérive sectaire, le GEMPPI a constaté que depuis quelques années cette pratique est le produit d’appel de quasiment toutes les sectes de type nouvel âge. De plus, l’introduction dans certaines institutions de la méditation laisse soupçonner une forme de prosélytisme rampant au profit du bouddhisme et des croyances associées. Ceci nous amène à relativiser au travers de ces articles cette pratique  qui est présentée par certains  comme une panacée.

 

 

 

Anxiété, dépression… Mindfulness ou quand la méditation rend malade

 

Slate.fr - Science & santé - 26.01.2016 - Un nouvel ouvrage remet en cause le discours unanime entourant la pratique de la méditation. Vous êtes assis en tailleur. Il règne un silence pesant. Vous ouvrez discrètement l’œil gauche. Puis l’œil droit. Tout le monde semble concentré. «Pourquoi je n’y arrive pas?» Si cette situation vous semble familière, ne vous inquiétez pas. La méditation aurait parfois des effets néfastes, particulièrement la méditation «en pleine conscience», aussi connue sous le nom de «Mindfulness». C’est ce que rapporte The Guardian, à l’occasion de la sortie du livre The Buddha Pill, écrit par le docteur Miguel Farias et Catherine Wikholm.

 

Pour les bouddhistes, la méditation en pleine conscience est «la troisième forme de sagesse». Il s’agit de se focaliser sur le moment présent et d’examiner les sensations. Cette technique s’est développée aux États-Unis à la fin des années 1970, avec le programme lancé par le professeur de médecine Jon Kabat-Zinn à l’université du Massachussetts. Des célébrités comme Gwyneth Paltrow ou Russell Brand ont même vanté les effets positifs de la méditation. En janvier 2014, le magazine Time allait même jusqu’à consacrer sa une à «la Mindful Revolution».

 

Un enthousiasme unanime que le docteur Farias a commencé à questionner. Son intérêt pour les effets négatifs du Mindfulness grandit lorsqu’une patiente lui raconte son expérience. Louise a 50 ans. Depuis vingt ans, elle pratique régulièrement le yoga. Sa vie bascule lorsqu’elle part en retraite de méditation pour un week-end. Bien qu’elle se sente «détachée d’elle-même», elle continue les exercices, convaincue qu’il s’agit d’un bon signe, explique Farias à CBC Radio. Le lendemain, elle sent une fatigue générale «et refuse de sortir de son lit». Pendant les quinze années qui suivent, Louise est sous antidépresseurs. Il pourrait s’agir d’un cas isolé. Mais le docteur Farias estime qu’il est impossible de connaître l’étendue du problème car «les chercheurs n’ont pas pu les mesurer et ont même pu décourager les gens à témoigner».Il cite l’étude de Dean Shapiro, professeur à l’université de Californie. Sur un groupe de personnes ayant une pratique de la méditation hétérogène, 63% ont souffert d’au moins un effet négatif, et 7% ont été sujets à dépression, anxiété et panique. Toutefois, cette recherche a ses limites: elle date de 1992 et l’échantillon est peu représentatif.

 

Une mauvaise approche de la méditation - «La méditation est semblable à des lentilles sur le feu. L’écume remonte à la surface pendant la cuisson», décrit Farias au micro de CBC Radio. Le principe de la méditation tel qu’il est envisagé dans les cultures bouddhistes et hindoues n’est pas d’évacuer le stress mais de secouer la personne. Le magazine islandais Good cite Andrew Holecek, professeur et spiritualiste bouddhiste: «Pratiquée correctement, [la méditation] peut aider à nous distancier de nous même et à tirer profit de ce qui nous habite. Mais elle peut également exacerber certains troubles dissociatifs ou de dépersonnalisation.»

 

La vision occidentale de la méditation comme antistress est superficielle, poursuit Miguel Farias sur la radio canadienne: «Nous avons beaucoup de chambres secrètes à l’intérieur de nous. [...] Lorsque nous ébranlons des structures ancrées, c’est normal de se trouver face à quelque chose d’inattendu. Et parfois, nous ne sommes pas prêts à nous y confronter.»

 

Une version initiale de l'article indiquait à tort qu'un témoignage sur The Frame Problem expliquait que les adeptes de Mindfulness agissaient soit par auto-persuasion, soit subissaient un effet placebo.

 

http://www.slate.fr/story/113191/quand-meditation-rend-malade                       -                   http://www.sciencesetavenir.fr/sante/cerveau-et-psy/20150917.OBS5989/et-si-la-meditation-de-pleine-conscience-favorisait-la-creation-de-faux-souvenirs.html

 

 

 

 

"La méditation déstructure et transforme le rapport au temps"

 

Par Elena Sender- 18-09-2015 -Mis à jour le 28-09-2015 - ALEJANDRO PAGNI / AFP - Si elle présente de nombreux atouts, la pratique de la méditation pourrait aussi favoriser la création de faux souvenirs. Elle soulage l’anxiété, le stress, la dépression, elle améliore notre sommeil et protègerait même notre cerveau du déclin, la méditation de pleine conscience est une pratique mentale puissante qui ne cesse de prouver ses bienfaits scientifiquement et fait de plus en plus d’émules. Elle ne présente a priori que des bénéfices et pourtant… "Nos résultats mettent en lumière une conséquence inattendue de la méditation de pleine conscience, rapporte Brent Wilson de l'université de Californie à San Diego (Etats-Unis), premier auteur d’une étude publiée dans Psychological Science. L'équipe révèle, en effet, que la pratique méditative semble favoriser la constitution de faux-souvenirs.

 

Dans deux expériences, près de trois cents participants ont été divisés en deux groupes. Le premier a été invité à pratiquer quinze minutes de méditation guidée où les sujets devaient se concentrer sur leur souffle. Le second a eu pour consigne de seulement rester au calme et penser à ce qui lui venait à l’esprit. Puis tous ont été soumis à un test de mémorisation classique. On leur a fait lire une même liste de quinze mots ayant un lien sémantique. Ici c'était autour du concept "d'ordures", avec par exemple comme mots "poubelle", "déchets", "eaux usées", etc. sans pour autant que le mot clé "ordures" n'apparaisse. Ensuite, on leur a demandé de restituer autant de mots que possible. Et là, surprise ! Si tous se sont souvenus d'autant de mots, 39% des participants du groupe "méditation" se sont rappelés avoir lu le mot "ordures" dans la liste - qui n'y était pas -  contre 20%  seulement dans le groupe témoin! "Ces résultats démontrent une conséquence potentielle inattendue de la méditation de pleine conscience pour laquelle les souvenirs deviennent moins fiables", concluent les auteurs.

 

La méditation déstructure les repères habituels et transforme le rapport au temps" - Dr Yasmine Lienard, psychiatre et spécialiste de la méditation de pleine conscience

 

Devant ces conclusions étonnantes de prime abord, Sciences et Avenir a demandé quelques éclaircissements au Dr Yasmine Lienard, psychiatre et spécialiste des thérapies fondées sur la méditation de pleine conscience. Nous lui avons demandé si ces résultats la surprenaient, voici sa réponse : "Non je ne suis pas surprise. Lorsqu'on médite, il y a comme un état de sidération. On apprend à oublier qui on est, où l'on est selon nos concepts habituels et cela peut créer une désorganisation cognitive secondaire. La méditation déstructure les repères habituels et transforme le rapport au temps. Les personnes vont mieux mais le rapport au monde est transformé. Cela doit être accompagné et pour qu'il n'y ait pas de conséquences sur la vie quotidienne. II faut trouver des ressources pour rester stable. Toutefois cela n'arrive que rarement, il faut méditer régulièrement et longtemps. Pour ma part je peux témoigner que ma mémoire à long terme est moins bonne après 10 ans de méditation. En revanche j'ai décuplé des facultés de mémoire immédiate. Normal vu que je m'entraîne à oublier le passé chaque jour !"