Mourir dans de terribles souffrances

pour respecter les directives d’un thérapeute holistique :

un cas d’école

- Bernadette Champel, infirmière, membre du GEMPPI

Extrait du colloque national organisé par le GEMPPI le samedi 8 octobre 2005

"Les refus de soins pour causes idéologiques" à  l’Espace Ethique Méditerranéen, Hôpital de La Timone, Marseille

 

 

Témoignage vécu au début du mois de juillet 2005 par Bernadette Champel.

J’ai été présidente pendant 12 ans d’une association de lutte contre les sectes à Strasbourg : le CRIS, Centre Régional Info-Sectes, pour ceux qui connaissent.

Actuellement, je suis infirmière libérale à Valence dans la Drôme. Au début du mois de juillet j’ai fait un remplacement de 4 jours pour une collègue. Je m’occupais d’une patiente atteinte d’un cancer en phase terminale, situé dans la région abdominale. Les 2 premiers jours de mon remplacement, cette patiente refusais les calmants lourds (morphine) et acceptait les antalgiques légers. Elle refusait d’ailleurs toute médication lourde jusqu’au troisième jour. C’est justement ce jour là, après avoir accompli les soins, que l’amie qui l’accompagnait jour et nuit à son chevet me prit à part lorsque je m’apprêtais à partir. Elle m’informa que juste avant mon arrivée, la patiente avait reçu l’appel téléphonique d’un certains M. Christian R… qui l’avait fermement dissuadée de prendre toute médication parce qu’elle allait guérir et qu’il allait venir la voir dans les prochaines 48 heures afin de signer un acte de donation en sa faveur.

J’ai bien sûr fait tout ce que j’ai pu pour alerter cette patiente et faire en sorte qu’elle accepte les traitements calmants.

Je me suis tout de suite intéressée aux 2 ordonnances datées de 2004, délivrées par ce M. Christian R… En tout cas, c’est ainsi que j’appelle ces documents, qui dans leur forme sont très semblables aux ordonnances qu’utilisent habituellement les médecins. En fait, je ne suis pas sûre qu’il s’agisse d’un vrai médecin. Les titres inscrits sur les ordonnances étaient les suivants : « Christian R…  Docteur en naturopathie de l’Institut de naturopathie de Montréal, professeur à l’Institut de la deutsche Heilpratikershaft (RFA). Naturopathe - iridologue ».

Ce gourou thérapeute suivait cette patiente depuis plusieurs années à Marseille. J’ai aussitôt appelé le médecin (le vrai), qui ignorait tout cela, et qui m’a demandé de me mettre en rapport avec le juge des tutelles puisqu’il avait déjà demandé l’ouverture d’un dossier pour cette patiente, car elle n’avait pas de famille. Les enquêteurs du service des tutelles se sont présentés au domicile de la patiente l’après midi même pour l’informer de sa mise sous tutelle. Elle ne pouvait donc plus léguer ses biens à M. Christian R… Cette personne est décédée dans les 48 heures, en endurant d’horribles souffrances, car jusqu’au dernier moment, elle a refusé tous les calmants et toute médication espérant une guérison miraculeuse grâce à la méthode de son naturopathe. J’ai demandé au GEMPPI de prévenir l’Ordre des médecins. Mais, l’individu n’étant pas médecin, l’Ordre ne peut exercer aucun pouvoir disciplinaire sur lui. Seule la justice pourrait agir sur une plainte déposée par… la victime.

Le naturopathe en question est installé en Provence et possède plusieurs cabinets en France.

 

 

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