Extraits de « Découvertes sur les sectes et religions » n° 72 – 1er Janvier 2007, le trimestriel du GEMPPI.
Extraits du colloque « Science, pseudo-sciences et thérapeutiques déviantes : approches pratique et éthique », qui s’est déroulé le Samedi 21 octobre 2006 à l’Espace Ethique Méditerranéen, Hôpital adultes de La Timone. Marseille
 
Eléments de critique des pseudo-médecines
Exemple des Élixirs Floraux de Bach
 
Par Richard Monvoisin.
R. Monvoisin fait de la recherche en didactique de la pensée critique. Il relève du laboratoire Hypoxie-Physiopathologie (HP2), Grenoble 1, et du Laboratoire de Zététique, Nice 1. Il est chargé de cours de pensée critique et de zététique à l’Université Joseph Fourier, et est membre de l’Observatoire Zététique.
Discuter des Médecines dites Alternatives (MdA) est un exercice assez périlleux. Le sujet est tellement épineux qu’il en devient l’une des meilleures pommes de discorde des discussions tant professionnelles que privées. Si leur intérêt thérapeutique est souvent discutable, elles représentent un tel engagement personnel pour leurs utilisateurs qu’il est très difficile de s’extraire du clivage classique entre ce qu’il est devenu coutume d’appeler les « pro » des « anti ». Lors du colloque « Sciences, pseudo-sciences et thérapeutiques déviantes » organisé le 21 octobre 2006 par le GEMPPI, j’ai tenté de montrer qu’afin de traiter le plus posément possible de ces thérapies, il était nécessaire de prendre à l’avance quelques précautions et de baliser un tantinet certains pièges de la réflexion.
Pour illustrer mon propos j’avais choisi de disséquer les Élixirs Floraux de Bach (EFB) : d’une, parce que leur succès est florissant et leur achalandage avantageux ; de deux parce qu’ils réunissent toutes les caractéristiques d’une pseudomédecine, et de trois parce que, comme beaucoup de ces MdA, la population qui y a recours est sociologiquement marquée. La critique détaillée de la thérapie florale d’Edward Bach étant déjà disponible ailleurs (1), je vais en profiter pour proposer un petit outillage critique à l’intention des gens qui souhaitent discuter de ces questions sur un mode non agressif avec leurs proches, leur famille ou leurs patients. Je donnerai quelques conseils qui m’ont permis, tout en restant ferme sur la rigueur, d’éviter le maximum de conflits avec mes interlocuteurs. Si je choisis sciemment de mettre le moins de références techniques possible et d’épurer au maximum le jargon, c’est parce que je pense qu’il n’est pas besoin d’un bagage scientifique pour suivre l’essentiel de ce que j’ai à partager. Je souhaite également éviter l’injonction, ou le précepte, que je trouve déresponsabilisant : il suffit généralement de lui donner une information complète pour que l’encéphale humain moyen se mette en marche. Dès lors, quel que soit le choix que le porteur de cet encéphale fera ensuite, il sera fait en connaissance en cause, ce qui est le préliminaire à toute liberté. Je redoute bien plus le bon choix aveugle que le mauvais choix éclairé.
 
Les termes
Le meilleur moyen que j’ai trouvé pour introduire une discussion sur ces fameuses médecines « dites » alternatives est de justement placer le « dites » avant alternatives. À la question immanquable qui vient ensuite du pourquoi de cette précaution, je mets en avant le fait qu’aucune dénomination ne semble correspondre au problème. Médecines douces ne convient pas, puisqu’il arrive que certaines personnes souffrent, ou meurent, sinon directement des MdA, du moins par substitution de traitement. Parallèles et alternatives non plus, car elles ne sont pas toujours des alternatives valables.
C’est alors l’occasion de poser la question « alternatives ou parallèles à quoi ? ». On nous répondra généralement « aux traitements scientifiques classiques ». Cela suppose donc que les MdA ont, tout comme les traitements scientifiques classiques, une prétention thérapeutique. Quel que soit notre interlocuteur, c’est un moment crucial, car la conversation se place sur le terrain de la connaissance scientifique qui fait qu’une thérapie peut être meilleure, alternative, ou moins bonne qu’une autre. Pour affirmer cela, il faut des preuves expérimentales, et c’est justement l’une des seules choses que la science sait faire. Le socle de discussion est désormais commun.
 
Les médecines
Il n’est pas rare, à ce stade, que les participants à la discussion dénoncent la médecine « officielle », « allopathique », inhumaine, froide, réductionniste, etc. Même si nous reviendrons sur ce point en conclusion, c’est néanmoins l’occasion de tomber encore une fois d’accord avec les personnes participants à la discussion : une majorité de gens s’accorde assez rapidement sur le fait que le terme médecine désigne trois grands champs distincts : le champ thérapeutique scientifique, avec ses techniques, ses médicaments, ses statistiques, son efficacité, sa froideur, ses suppositoires ; le champ thérapeutique de prise en charge du patient ensuite, avec le rapport médecin-patient, la confiance, l’écoute, le placebo, la relative chaleur des actes médicaux, les valeurs communes, etc. ; les connaissances dans ce champ fluctuent tellement d’un patient à l’autre qu’elles en deviennent quasi-personnalisées, et ne peuvent donc pas prétendre à être transposables d’un individu à un autre. Enfin, le champ techno-politique, sur lequel nous reviendrons. Si nous parvenons à nous entendre avec autrui sur ce découpage, nous aurons évité les trois-quarts des principaux pièges de la discussion sur le sujet. Une fois que ces bases simples sont posées, la réflexion devient possible et peut se dérouler presque sans anicroche.
 
La prétention thérapeutique
La prétention thérapeutique est ce que le produit proposé prétend pouvoir faire. Très grossièrement, le produit nous dit dans sa notice : « Je peux, trois fois sur quatre, avec telle dose et telle posologie, vous permettre de résoudre ceci ou cela, en tel laps de temps ». Nous nous retrouvons alors avec une « prétention d’efficacité », de type scientifique donc, relevant du premier sens du terme médecine. Le produit revendique une efficacité, généralement supérieure aux autres produits – sinon, au fond, pourquoi choisir celui-là ? – qu’il revient au fabricant de prouver, en vertu du fait que logiquement la preuve incombe à celui qui prétend (2). Au bout d’un certain nombre de tests concluants sur un grand nombre de gens souffrant de la même pathologie, le produit reçoit une Autorisation de Mise sur le Marché (ou AMM). Cela ne veut pas dire que la prise du médicament X « marchera » sur tout le monde : un individu peut fait partie des 25% prévus par la médecine scientifique pour qui ça ne fonctionne pas. Cela veut surtout dire ceci : s’il arrive que des médicaments pourvus d’une AMM se révèlent ne pas être aussi efficaces que prévu (parfois pour de sombres affaires mercantiles : nous entrons alors dans le troisième champ d’utilisation du terme médecine, le sens champ techno-politique), il est extrêmement improbable qu’une substance vendue sans AMM se révèle efficace. En clair, un produit sans AMM est un produit sans efficacité.
 
L’effet Atchoum
Aussi surprenant que cela puisse paraître, les élixirs floraux de Bach n’ont pas à faire preuve de leur efficacité pour être vendus. Se les faire prescrire, ou retrouver les élixirs sur les présentoirs des pharmaciens peut amener le patient à croire qu'il s'agit d'un médicament, c'est-à-dire d'un produit éprouvé, alors que ce n’est pas le cas. Le médecin prescrivant ou le pharmacien distribuant cautionnent hélas la valeur thérapeutique scientifiquement non évaluée du produit. Cela veut-il dire que les gens ayant guéri par la thérapie de Bach se leurrent ? Pas vraiment. Lorsqu’un individu souffrant d’une pathologie prend ses gouttes d’élixirs et se voit guéri, se pose la double question :
- a-t-il guéri directement grâce à l’élixir, ou y a-t-il d’autres paramètres pouvant expliquer cette guérison – notamment un traitement en parallèle pouvant être responsable de la guérison ?
- la pathologie du patient était-elle une pathologie avérée, et si oui, la guérison est-elle également avérée ?
Ces questions ont l’air stupide, et pourtant. L’humain a une forte tendance à voir des liens causaux directs entre les choses qu’il aime voir liées. Les linguistes parlent à ce propos de Post Hoc ergo propter hoc - « juste après, donc conséquence de ». En zététique, nous préférons parler du plus mémorable effet atchoum : imaginons la tête de l’individu qui habitant Toulouse le 21 septembre 2001, éternue à 10h17, relève son nez humide et voit l’usine AZF et ses alentours soufflés par l’explosion. Conclure à un lien de cause à effet entre l’éternuement et l’explosion est un post hoc ergo propter hoc. Si ridicule que cela paraisse, nous faisons un certain nombre d’effets Atchoum dans nos actes thérapeutiques. Le leurre consiste en ce que huit à neuf pathologies sur dix affectant l’humain disparaissent spontanément, quoi que nous fassions, au bout d’un certain temps. Faire une danse de la pluie, recevoir des passes magnétiques ou se faire faire un lavement, et guérir tout de suite après est extrêmement convaincant à première vue. Comprenons ainsi qu’un rhume, par exemple, non traité dure sept jours, et qu’un rhume traité par les élixirs de Bach dure… une semaine. Dans le premier cas, on attribuera la guérison à sa propre capacité curative. Dans le second, à Edward Bach. À tort. Si vous ne guérissez pas, par contre, c’est que vous avez dû prendre le mauvais élixir.
L’immanquable recours aux pseudothérapies dans les grandes dérives sectaires actuelles, sujet qui anime le GEMPPI, n’est pas un hasard : il est le meilleur moyen pour conquérir des sympathisants, puisqu’il y aura toujours des gens pour associer leur guérison relative et ladite thérapie. Une fois guéris, ils se feront prosélytes. C’est une publicité sans trop de frais, puisque les gens pour qui « ça a marché » racontent beaucoup plus volontiers, et avec un enthousiasme accru, que ceux pour qui « ça a échoué ». Les cris du miraculé portent plus loin que le soupir du déçu.
 
Les pathologies soignées
Revenons à la seconde question : « la guérison est-elle avérée ? ». Dans de nombreuses pseudothérapies, la prétention est de type psychologique. Les EFB par exemple prétendent traiter sept « états psychologiques négatifs » : peur, incertitude, manque d'intérêt pour le présent, solitude, hypersensibilité aux influences et aux idées, découragement et désespoir, souci excessif du bien être d'autrui. Chacun de ces états est décrit comme lié à un état positif associé. À titre d'exemple, l'Égoïsme (négatif) et l'Altruisme (positif) sont, du point de vue de Bach, un seul état d'être, à travers deux modalités d'expression différentes. Le problème qui se pose est majeur : comment savoir qu’une personne est moins égoïste en prenant l’élixir Chicorée ? La notion d’égoïsme est bien trop complexe et subjective pour être testée ou simplement mesurée. Elle est trop personnelle. Nous sortons alors du champ de la médecine scientifique pour entrer dans le champ de la prise en charge du patient, personnalisée. Par conséquent, même la personne ayant guéri de son égoïsme avec l’élixir Chicorée n’aura aucun argument pour recommander ce traitement à autrui, puisqu’il était très personnel et adapté à sa personne. En clair, si les pathologies désignées sont floues, subjectives, et proches de l’état d’âme, il n’y a aucun moyen d’évaluer une quelconque efficacité.
 
Les preuves
Les biographes de Bach nous rapportent que dans les années 30, il aurait administré ses décoctions d'Impatiente à des patients souffrant d'impatience, avec les choses ou les personnes qu'ils jugent trop lentes ; de même, il aurait prescrit le Mimulus aux patients atteints de peurs maladives dans la vie quotidienne, peurs qui les empêchent de passer à l'action. Les résultats furent, selon eux, immédiats et surprenants. Seulement, si ces capacités thérapeutiques des décoctions de Bach existent, elles doivent pouvoir agir. Et si elles peuvent agir, elles peuvent être démontrées, à la condition expresse d’isoler les paramètres en jeu : il se pourrait que ce soit la gentillesse du bon docteur, la confiance a priori dans le produit, la forme de la bouteille ou simplement le Brandy qu’elle renferme qui fasse qu'une personne se sente mieux, et non l'Impatiente. Pour prouver la chose, il faut faire un protocole, sur un certain nombre de personnes, en isolant le seul paramètre que l’on teste – en l’occurrence, la décoction de la fleur d’Impatiente. Or non seulement Bach n’a jamais fait ces tests, mais les tenants de la thérapie florale non plus. Les rares publications disponibles souffrent d’un nombre de biais consternant, et les seules études bien montées ne prêtent à l’élixir Impatiente ou à l’élixir Mimulus aucun effet allant au-delà d’un effet placebo.
 
Les témoignages
En lieu de preuves, inexistantes, se substitue généralement une liste de témoignages qui appuient bien les vertus de la pseudothérapie. De Monsieur B à Madame L., la litanie des gens ayant « guéri » – c'est-à-dire ayant associé leur guérison d’une pathologie souvent floue avec la prise d’un élixir – vient servir de cache-misère au manque drastique de preuves. S’il n’est pas question de remettre directement en cause la bonne foi d’un individu rapportant son vécu, il est fortement recommandé de se rappeler par exemple qu’un, dix, mille témoignages ne font pas une preuve scientifique – pour mémoire, le 13 octobre 1917 soixante dix mille personnes ont vu danser le soleil à Fatima, au Portugal. Il y a plus de deux cents ans, le philosophe anglais David Hume résumait remarquablement cela en cette maxime devenue fameuse :
« Lorsque quelqu'un me dit qu'il a vu un [miracle], j'évalue immédiatement s'il est plus probable que cette personne se trompe ou ait été trompée, ou si le fait qu'elle rapporte pourrait s'être réellement produit. Je pèse un miracle par rapport à l'autre, et selon la supériorité que je découvre, je prononce ma décision, et rejette toujours le miracle le plus grand. Si la fausseté de son témoignage semble plus miraculeuse que l'événement qu'elle rapporte, alors (...) peut-il prétendre commander à ma croyance ou à mon opinion » (3).
 
La fabrication
Edward Bach décida que les fleurs, et plus particulièrement les pétales, ont une action sur les états psychologiques, et que le maximum d'efficacité est atteint en utilisant non la fleur elle-même mais la rosée déposée sur le pétale exposé au soleil – ce dont il se rendait compte en entrant en résonance avec le message des fleurs par la pose des pétales sur sa langue.Il décréta alors que la vertu curative de la plante serait conservée si on déposait les sommités florales, cueillies juste avant la floraison, à la surface d'un récipient rempli d'eau et exposé au soleil pendant plusieurs heures, jusqu'à ce que les pétales se flétrissent. Il faut alors retirer les fleurs, non avec les mains mais si possible avec une tige de la même fleur, puis filtrer ce qu'il reste de liquide, désormais chargé des énergies des fleurs, dans un flacon de verre si possible fumé et ajouter la même quantité de l'alcool choisi ; secouer fort sur une durée variant de 30 secondes à 2 minutes pour dynamiser le mélange et couvrir le tout avec un tissu pendant 48 h. Nous obtenons une teinture mère. Il suffit alors de prendre un flacon de 30 cl, rempli d'un mélange à 40 % de Brandy, alcool né de la Vigne (Vigne : fleur de Bach N°38), et d'y verser sept gouttes de la teinture mère. On retrouve ici tout l’héritage de la doctrine homéopathique d’Hahnemann, avec des éléments de pensée magique. Las ! La fabrication d’élixir agglomère pratiquement toutes les pratiques et le lexique des tenants du Nouvel Âge : d'aucuns prétendent qu'il est nécessaire de se recueillir et demander la permission de la Nature ; d'autres enjoignent à se munir d'un pendule, ou de faire des danses mystiques. Certains encore proposent de partir avec un livre de photos des plantes, de s'imprégner de leur image, puis de fermer le livre et de ramasser celles qui vous conviennent le mieux, qui ont la plus grande aura. Au final, les plus scrupuleux arguent du fait qu'il faut se laver soigneusement, mettre des vêtements propres, et s'efforcer d'entretenir les pensées les plus pures possibles.En bref, la litanie des choses à faire pour obtenir un élixir fonctionnel de la plus pure tradition comporte un tel nombre de possibilités d’erreur que réussir à en réaliser dans les règles de l’art puis à le prendre dans les conditions adéquates relève du miracle, comme dirait Hume, et permet à la pseudo théorie de justifier a priori de son échec potentiel.
 
Le Public
On le voit, les concepts employés dans la théorie des EFB sont exactement les mêmes que ceux qui régissent les théogonies des dérives sectaires actuelles. De nombreux emprunts sont fait à la sphère écologique, avec les notions de bio, d’équilibre, de holisme, et une vision très théologique de la Nature. Ces pratiques se greffent volontiers aux mouvements « alternatifs » ou « contestataires », animés d’une critique parfois juste d'un monde souvent inique et mû de la volonté que je trouve légitime de bâtir des alternatives. Notons au passage qu’elles font florès également auprès de la gent féminine : une raison à cela, aussi insidieuse qu’efficace, relève de cette entreprise d'abrutissement de masse des femmes que sont les magazines dits « féminins » et leurs consternantes pages Santé, où beauté, psychologie de comptoir et bien-être de la progéniture sont vantés à grands renforts de pseudoscience. La critique des pseudo médecines peut très vite revêtir un caractère politique et social.
 
Morale et politique
Après ce trop bref aperçu, que reste-t-il de la thérapie florale de Bach et de sa prétendue efficacité ? D’un point de vue scientifique, rien. D’un point de vue moral, c’est tout autre chose.
Si le recours à ces placebos n’est pas dangereux en soi, il arrive que le patient, mal informé et incité par l’effet « vitrine » des pharmacies, opte sur de mauvais conseils pour une thérapie inefficace. On peut en pressentir les conséquences. Pour ne citer qu'un exemple, l'association Aube, renommée depuis Joie de vivre, diffuse les théories du Dr Hamer qui préconise entre autres de soigner le cancer en rompant avec tous les traitements reconnus. Elle comptait un adepte, chirurgien à l'hôpital de Saint-Quentin, qui arrêta des traitements anti-cancéreux pour les remplacer par des Fleurs de Bach, produites d’ailleurs par Aube, et qu'il vendait à son profit dans l'établissement.
Allons plus loin : si prescrire ou conseiller le recours aux remèdes de Bach « ne fait pas de mal », cela fragilise insidieusement le patient vis-à-vis des modes de pensée magique et des notions Nouvel Âge, qui servent souvent d'appâts (énergie subtile, harmonie ou magnétisme des plantes, etc.). On voit de plus en plus souvent des salons « écologiques » présenter des stands vantant les élixirs, et c'est ce genre de voisinage, de plus en plus fréquent, qui est à dénoncer. Si les Fleurs de Bach ne font pas de mal, elles inclinent à des postures naïves infériorisantes et fragilisantes.
C. Berliner, fondateur de l'Association des victimes des pratiques illégales de la médecine (suite au décès d’une petite fille, soignée dans des conditions dramatiques par des guérisseurs d’inspiration anthroposophique) résume assez bien mon inquiétude. Selon lui, les MdA sont dangereuses au sens qu'elles empêchent de poser le diagnostic correct et orientent les malades vers des techniques d'examen qui n'ont jamais fourni la preuve scientifique de leur efficacité. Elles amènent trop souvent à déconseiller les traitements classiques au moyen d'une diabolisation du monde extérieur, de l'allopathie ou de la science, et ce avec parfois des arguments justes. Il ajoute pour information que les principales médecines « alternatives » rencontrées dans les sectes sont l'homéopathie, la médecine chinoise, l'acupuncture et la médecine ayurvédique, l'aromathérapie, le régime macrobiotique Zen, la prière et l'imposition des mains et… les élixirs floraux de Bach ! (4).
Il relève de la salubrité publique de le dire : les thérapies dites alternatives entraînent parfois des conséquences à moyen terme très éloignées du bien-être qu’elles promeuvent.
 
Recentrer la contestation
Pour clore mon propos, je tiens à rendre justice aux MdA sur au moins un point. La prise en charge du patient y est bien plus longue, lente et appliquée que dans la médecine dite classique. Nous rejoignons là le troisième sens, technopolitique, du terme médecine. Le rejet de la médecine scientifique est couramment opéré par ceux qui rejettent le caractère de moins en moins humain de l’acte médical classique, illustré par certains médecins traitants qui ne nous gardent que dix minutes, les urgences bondées, etc. Opter pour les MdA s’apparente bien souvent à une contestation politique d’un système médical fortement libéralisé. Je trouve cette critique juste, urgente et nécessaire. Néanmoins, choisir, pour contrer ce système, des pseudothérapies inefficaces n’a non seulement pas d’effets sur les choix politiques en matière de santé publique, mais en plus de nous faire risquer notre propre santé, engraissent des pseudo thérapeutes dont l’intérêt recouvre rarement le nôtre – car les pratiques commerciales des fabricants des MdA n’ont qualitativement pas grand chose à envier à celles des fameux lobbies pharmaceutiques. Devient prégnante la nécessité d’offrir une sorte de troisième voie à ce débat trop souvent mal mené sur les médecines « dites » alternatives. Puisse la discussion critique développée dans ce texte et lors du colloque du GEMPPI contribuer à cette troisième voie.
 
(1) Pour aller plus loin, voir
  • Monvoisin R, Élixirs floraux de Bach : étude zététique, critique des concepts pseudo-scientifiques, pseudo-médicaux et des postures philosophiques induites par la théorie du Dr Bach, Annales pharmaceutiques françaises, 2005, vol. 63, no6, pp. 416-428
  • Monvoisin R, Fleurs de Bach : une action avérée sur l’esprit critique, Revue Science et Pseudosciences n° 273, juillet-août 2006
  • Monvoisin R., Élixirs floraux de Bach. Quintessence d'une illusion, Laboratoire de Zététique, Université de Nice – Sophia Antipolis
(2) On retrouve ce principe dans le Code Civil : Actori incumbit probatio, ou Actori incumbit onus probandi, article 1315.
(3) Hume D. Enquête sur l’entendement humain, 1748, section X.
(4) Source : Commission d’enquête parlementaire belge sur les pratiques illégales des sectes - Audition de M. Ch. Berliner, docteur en médecine et représentant de l’Association des victimes des pratiques illégales de la médecine http://www.dekamer.be/FLWB/pdf/49/0313/49K0313007.pdf
 
Correspondance avec l’auteur :
R. Monvoisin,
Laboratoire HP2 INSERM ESPRI
Domaine de la Merci - Université Joseph-Fourier - Grenoble I
Faculté de Médecine F-38706 La Tronche Cedex
 
 
Astrologie et science
 
Philippe Zarka1 & Daniel Kunth2
1LESIA, CNRS - Observatoire de Paris, 92190 MEUDON, www.obspm.fr
2Institut d’Astrophysique de Paris, 75014 PARIS, www.iap.fr
 
 
Résumé : L’astrologie connaît un succès important dans la société comme dans la sphère politique, bien que l’inefficacité opérationnelle de ses prédictions soit démontrable et démontrée. Elle est très active sur le terrain de la psychologie, où elle concurrence - en la mimant - la démarche du psychologue. Au delà du phénomène de société, on s'intéresse ici en particulier à la "scientificité" de l'astrologie, revendiquée par certains astrologues. Nous discutons des critères définissant une science et passons l'astrologie au crible de ces critères. Nous soulignons les différences fondamentales entre la consultation astrologique et une véritable démarche psychothérapeutique. Nous analysons enfin le succès persistant de l’astrologie et en tirons des conséquences sur la diffusion de la science aux citoyens.
 
1.     Introduction
 
L’astrologie connaît depuis les années 1930 un grand succès, médiatique aussi bien que dans la sphère politique. L’adhésion du public est vaste (41% des gens croient à la caractérologie astrologique, 26% aux prédictions, 13% ont consulté au moins 1 fois un astrologue[1]). L’astrologie compte de nombreuses écoles, allant de la symbolique ésotérico-mystique à une rationalité supposant l’influence matérielle des astres. L’astrologie « savante », qui s’oppose à l’astrologie commerciale, revendique une reconnaissance académique qui lui ouvrirait l’accès au financement public et aux postes de chercheur, et en la légitimant renforcerait l’adhésion du public. Mais la majorité des scientifiques et sociologues s’y opposent : protectionnisme ou raisons éthiques ? Un savoir astrologique existe incontestablement (il suffit de compulser la littérature pléthorique qui la concerne). Est-ce suffisant pour en faire une science ?
 
2.     Qu’est-ce que l’astrologie ?
 
Les événements terrestres subissent bien évidemment de nombreuses influences des astres : la vie sur Terre dépend du Soleil, les saisons sont liées à sa position dans le ciel, les marées à celle de la Lune, les éclipses aux deux à la fois. D’où le postulat de base de l’astrologie[2]: les positions des luminaires (Soleil, Lune, 8 planètes) dans le ciel et entre eux gouvernent les événements terrestres et la psychologie humaine. Ce postulat n’est a priori pas absurde, ni surnaturel, ni anti-scientifique. La position des luminaires est considérée relativement au zodiaque tropique (12 « signes » divisant en intervalles de 30° la bande de constellations sur laquelle se projettent le Soleil et les planètes au cours de l’année) et aux maisons (repère local découpant le ciel du lieu en 12 « quartiers d’orange » inégaux)[3]. Les positions des luminaires à un instant et en un lieu donnés peuvent être calculés par la mécanique céleste, et l’horoscope est leur représentation graphique, objective, qui définit le signe solaire (signe de position du Soleil), l’ascendant (signe qui se lève à l’horizon est), le descendant, le milieu du ciel, les aspects (angles formés par les luminaires), les positions des luminaires dans les signes et les maisons, les transits (passage d’un luminaire devant un autre ou une position particulière antérieure), etc.3. L’interprétation de l’horoscope est la partie subjective qui caractérise la pratique astrologique proprement dite. Il suffit de comparer plusieurs interprétations du même horoscope pour constater la multiplicité des interprétations et remarquer le langage ambigu qui les caractérise.
 
3.     Astrologie, Médecine et Psychologie
 
La contribution de l'astrologie à la médecine date de la fin de la Renaissance. Les signes du zodiaque (par groupes de 4) sont symboliquement associés aux éléments fondamentaux d’Aristote (feu, air, eau, terre), aux qualités qui découlent de leurs associations par paires (chaud:feu+air, et de même froid, sec, humide), à leurs vertus (positive ou négative), aux « humeurs » (sang, bile, bile noire, flegme) et aux tempéraments correspondants (sanguin, colérique, mélancolique, flegmatique), pour former la base de la médecine astrologique ancienne, fustigée par Molière dans « Le Médecin malgré lui ». Le but de l’astrologie médicale est de diagnostiquer et soigner les maladies en établissant des correspondances entre corps humain et cosmos, entre fonctions d'un organe et attributs d'un signe (Bélier et tête, Taureau et cou…) ou d’un luminaire (Mars et muscles...). L’horloge astronomique et astrologique montre ainsi une forme humaine dont les parties sont reliées aux signes du zodiaque, indiquant ce qu'il est bon de soigner quand le signe est dominant. Cette astrologie médicale « corporelle » ou clinique est aujourd’hui désuète (peut-être du fait de la concurrence des autres pratiques de médecine « parallèle »).
 
L’astrologie estplutôt active sur le terrain psychologique3,[4]: la consultation d’un(e) astrologue, souvent récurrente, rappelle les séances de psychanalyse ou les consultations de psychologues, avec toutefois des différences notables. L’astrologue, généralement dépourvu de formation en psychologie, mais supposé savoir traduire en termes psychologiques une configuration zodiacale objective, est en situation dominante et a l’initiative de la parole. Sa grille astrologique subjective lui fournit un ensemble de données psychologiques préétablies qu'il peut plaquer sur la situation du consultant, en pondérant par son intuition pour donner l’impression d’un sens pertinent. Le client, en situation d' « attente croyante », n'attend et n'entend que ce qu'il est venu chercher. La conjugaison du principe d’autorité de l’astrologue et de cette attente croyante peut parfois aboutir à des suggestions pertinentes, aidant à débloquer une situation de choix difficile. Mais elle confère un pouvoir étendu à l’astrologue, qui autorise la contrainte ou la manipulationpsychologiques, intimant au consultant de conformer son existence aux influences astrales, et les suggestions (auto-)réalisantes le bloquant dans l'attente de l'événement annoncé. Au final, un fort risque d’aliénation du libre arbitre existe. Les assertions formulées par les astrologues se situent radicalement à l'opposé de la démarche celle des psychologues, qui suggèrent des interprétations généralement prudentes, et encouragent le sujet à trouver par lui-même les réponses requises.
 
4.     Astrologie et Science
 
D’une part, l’astronomie et astrologie partagent le même ciel et une histoire commune jusqu’au 16ème ou 17ème siècle (le divorce fut consommé après Tycho Brahé et Képler, derniers astronomes-astrologues), d’autre part, l’horoscope a une base objective scientifique et ses calculs sont empruntés à l’astronomie. C’est suffisant pour que certains astrologues se proclamant « chercheurs en astrologie », postulant l’existence d’influences matérielles des astres, et tentant parfois de les tester par des études statistiques, prétendent assimiler l’astrologie à une science.
 
Objections astronomiques3,[5]. Les astronomes opposent de nombreuses objections au lien supposé entre événements terrestres et positions astrales : la nature tridimensionnelle des constellations, leurs longueurs angulaires inégales, l’intersection d’Ophiucus avec la bande du zodiaque, la précession des équinoxes qui cause le glissement progressif entre signes et constellations. Les astrologues rétorquent que le zodiaque tropique, où les saisons reviennent à la même position, n’est qu’un simple repérage dans le ciel (en 12´30° de longitude), jadis utilisé par les astronomes eux-mêmes. Les problèmes - réels - posés par les horoscopes au nord du cercle polaire, ou à la fréquence des horoscopes identiques (notamment pour les jumeaux), passent souvent pour du pinaillage de spécialistes. Au total, ces objections sont assez faibles, sauf quand les astrologues sont pris en flagrant délit d’incohérence en parlant d’« ère du verseau » (conséquence de la précession des équinoxes) tout en ne prétendant se référer qu’au zodiaque tropique (indépendant de cette même précession !). Plus inquiétant est le fait que l’astrologie ne connaît que les 10 luminaires, et ignore délibérément le reste de l’Univers (astéroïdes, comètes, météorites, étoiles, exoplanètes, satellites autres que la Lune, Galaxie, galaxies…), de même qu’elle ne tient aucun compte de la nature physique des luminaires, réduits à des points géométriques porteurs de concepts symboliques (et la chaîne symbolique : Marsàcouleur rougeàsangàguerreàmort est bien peu compatible avec la chaîne causale révélée par l’exploration spatiale : Marsàrougeàoxydes de feràeauàvie ?!). Enfin, si la prise en compte tardive d’Uranus, Neptune et Pluton (découvertes à l’époque moderne) obligea les astrologues à des acrobaties intellectuelles (ces planètes étaient censées résoudre les imperfections résiduelles de leurs prédictions), il sera leur encore plus difficile de composer avec le récent changement de statut de Pluton (reclassé « planète naine »), qui leur donne le choix entre contredire leur justification lors de son introduction ou devoir à terme inclure des dizaines de nouvelles planètes naines supplémentaires.
 
Autres objections scientifiques. On a vu que le Soleil est source de vie et que la Lune contrôle les marées. La Lune influence aussi la psychologie humaine (poésie, folklore…). On lui attribuait le blanchissement du linge et le gel des premières pousses (Lune Rousse) mais on sait aujourd’hui qu’il s’agit de corrélations non causales[6]. De même, des études ont établi l’influence du signe de naissance sur les performances sportives scolaires… et expliqué qu’il ne s’agit en fait que de l’effet de la date de naissance: les enfants plus âgés d’une classe ont ~11 mois de plus que les plus jeunes, et cette différence est cruciale en termes de performances sportives à 5 ou 6 ans. Un problème crucial est que l’influence astrologique supposée par son postulat de base n’est aujourd’hui attribuable à aucune interaction physique connue, aussi loin qu’on les extrapole. Pourtant, une véritable influence (non symbolique) des astres implique une relation causale… non élucidée depuis 2500 ans ! Mais cette influence existe-t-elle vraiment ?
 
Efficacité opérationnelle. Il est facile de vérifier que nombre des prédictions de l’astrologie événementielle sont fausses, ou indécidables car trop ambiguës. Certaines sont avérées[7], mais le taux de réussite global est très inférieur à celui des sciences exactes[8], de la technologie qui en découle (les avions s’écrasent assez rarement pour raisons techniques), ainsi que de la médecine. Les « preuves à charge » habituelles des astrologues sont irrecevables (argument d’autorité, témoignage de célébrités, tradition historique, consensus du grand nombre, exemple qui marche), et en l’absence de théorie explicative, les seuls tests possibles de l’efficacité astrologique sont statistiques. A ces dernières, on ne fait pas « dire n’importe quoi », mais leur utilisation exige précautions et rigueur : elle doit respecter 3 conditions fondamentales de validité3,5 : (1) définir rigoureusement le protocole expérimental avant l'expérience et s'y tenir - ce qui exclut la recherche de corrélations à l’aveugle, (2) vérifier le caractère significatif des résultats obtenus (tests de confiance, analyse des biais…), et (3) s'engager à publier tous les résultats obtenus. En général (1) et (3) ne sont jamais vérifiées dans les tests astrologiques, quelles que soient leurs conclusions. Une exception notable est le test en double aveugle de Carlson[9], agréé par un panel de physiciens et d’astrologues, et publié dans la revue Nature en 1985 : respectant rigoureusement les conditions ci-dessus, il a irrévocablement démontré l’inefficacité totale de l’astrologie de naissance (qui prétend relier le profil psychologique des individus à leur « ciel » natal).
 
Nature de la Science. Le raisonnement scientifique est fondé sur l’induction (consistant à tirer des conclusions générales à partir d’observations ou d’expériences particulières) et la déduction (qui tire des conclusions particulières ou définit des expériences test à partir d’une loi générale). Les scientifiques partent de faits d’observation, induisent une loi interprétative (théorie), dont ils déduisent des expériences de test et des résultats probables (prédictions) ; la comparaison aux résultats effectifs de l’expérience permet de valider ou de remettre en cause la théorie – toujours en sursis, suscitant de nouvelles expériences, etc. La méthode scientifique, alternativement inductive et déductive, marche sur 2 jambes ! La science est cette méthode, accompagnée du nécessaire corpus de connaissances qui constitue sa « base de données » (en perpétuelle évolution), et de garde-fous comme le concept de réfutabilité (falsifiabilité de K. Popper). Elle est à la fois connaissance, démarche et preuve[10]. Universelle, elle transcende les cultures et les appartenances nationales (il n’y a pas une physique chinoise et une autre américaine). Ses résultats sont systématiquement publiés - ou rejetés - après un contrôle de qualité et de déontologie exercé par les pairs (pas toujours immunisés contre l’argument d’autorité ou de notoriété, avouons-le). Les sciences de la nature, fortement mathématisées, quantitatives, et prédictives, ont engendré des applications opérationnelles extrêmement efficaces (la technologie moderne).
 
5.     Conclusions
 
En regard de cette analyse, il apparaît clairement que l’astrologie est construite sur une gigantesque induction de départ interprétant un ensemble de faits choisis en une loi trop vaste et englobante (son postulat de base : le lien analogique homme-cosmos). A partir de là, elle est entièrement déductive, déroulant des conséquences (prédictions et interprétations d’horoscopes) considérées comme autant confirmations du postulat, sans mise à l’épreuve par des prédictions précises, tests rigoureux de validation, expériences… L’astrologie boîte sur une seule jambe ! Un savoir astrologique existe certes, mais la Tétrabible de Ptolémée (160 après JC) reste une référence essentielle en occident … depuis presque 19 siècles. Après plus de 2500 ans, l’existence même du fait astrologique n’est pas prouvée, suggérant qu’il s’agit au mieux d’effets marginaux. Malgré cela, et bien qu’infondée théoriquement, l’astrologie a un champ d'application ambitieux (des prédictions naturelles ou politiques à la caractérologie et aux prédictions individuelles). Mais ses prédictions événementielles ambiguës et la subjectivité de sa grille de lecture astro/psychologique rendent ses assertions non falsifiables, excepté lors de rares expériences bien contrôlées … où elles ont été falsifiées ! La pratique astrologique est généralement qualitative et discursive, avec un contenu mathématisable très faible. Les recherches sur sa validité sont rares et proviennent le plus souvent d'individus isolés, plus vulnérables aux biais que dans le cas d'un travail en équipe. Point d’universalité de la connaissance astrologique : les diverses écoles et cultures s'opposent ou s'ignorent, sans consensus ni même besoin de consensus. On peut conclure que la démarche astrologique est totalement non scientifique.
 
Relevant plutôt du discours ésotérique et symbolique s’adressant à la psyché, elle n’est pas non plus une science humaine. Même si l’astrologue devine parfois juste, s’il peut accueillir, soutenir, rassurer en proposant une vision du monde ordonnée par la mécanique céleste, agir parfois comme catalyseur pour résoudre des situations de blocage psychologique, sa pratique prescriptive est potentiellement (ou effectivement) aliénante, et son utilisation psychologique dangereuse.
 
Pourtant l’astrologie persiste et fleurit car, globalisante, elle propose un sens cosmique via le lien homme-cosmos. En se concentrant sur les faits, la science a laissé l’individu libre d’interpréter au-delà de l’explication scientifique des faits. Mais, complexifiée, sur-spécialisée, minée par le relativisme « new-age » et la technologie mortifère qu’elle a permis d’engendrer (bombe…), la science semble aussi avoir abandonné l’individu sur le plan de la métaphysique et de la destinée humaine. L’astrologie exploite ce malaise de notre société et son appréhension de l'avenir. Elle pourrait être le prix à payer pour ce désenchantement de la science, la perte de sens de son discours pour le citoyen[11]. Nous avons montré que le discours (para-)scientifique de l’astrologie est frelaté3. Il faut maintenant réenchanter la science, en permettant au citoyen d’assimiler sa démarche et sa grille d’analyse critique du monde (et pas seulement un ensemble de faits), via une plus vaste et meilleure diffusion de la culture scientifique. Le défi est de taille, mais le jeu en vaut certainement la chandelle.
 
 


[1] D. Boy & G. Michelat, Premiers résultats de l'enquête sur les croyances aux parasciences, dans La pensée scientifique et les parasciences, Actes du Colloque de La Villette, Albin Michel, Paris, pp. 209-215, 1993.
D. Boy, Les Français et les parasciences: vingt ans de mesures, Revue Française de sociologie, 43-1, pp. 35-45, 2002.
[2] Prenant Aristote au pied de la lettre : « Ce qui est en bas gouverné ce qui est en haut. »
[3] Voir : « L'astrologie »   de Daniel Kunth & Philippe Zarka, Collection Que sais-je ?, n°2481, Éditions P.U.F., Paris, 2005. Cet ouvrage constitue la référence et la source principales de la présente contribution.
[4] « Peut-on penser l'astrologie: Science ou voyance ? » de E. Collot & D. Kunth, Editions Le Pommier, 2000.
[5] « Sur l'astrologie: réflexions de deux astronomes », de F. Biraud & P. Zarka,Journal des Astronomes Français, 56, 23-34, mai 1998 (http://www.obspm.fr/savoirs/contrib/astrologie.fr.shtml)
[6] Dans les 2 cas, l’effet vient du froid plus vif par ciel nocturne dégagé … quand on peut bien voir la pleine Lune.
[7] « Un astrologue ne saurait avoir le privilège de se tromper toujours » (attribué à Voltaire).
[8] La prédiction des éclipses est aujourd’hui extrêmement précise : cf. www.imcce.fr
[9] « A double-blind test of astrology” par S. Carlson,Nature, 318, pp. 419-425, 1985.
[10] « Le véritable but de la méthode scientifique est de s’assurer qu’on ne s’imagine pas savoir ce qu’en fait on ignore » selon R. Pirsig dans le « Traité du Zen et de l'Entretien des Motocyclettes », Seuil, 1978.
[11] « Des étoiles à terre. », T.W. Adorno,Exils Éditeur, Paris, 2000.