Accompagner un adepte vers la sortie de l’emprise sectaire

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Préparation du terrain

Lorsque des circonstances indiquent qu’il y a une faille chez l’adepte, un doute vis-à-vis de son groupe, il est important, après avoir analysé les causes possibles de son engagement, d’avoir entrepris de régler autant que faire se peut la cause, qui peut être le cas échéant des problèmes familiaux qui auraient conduit l’adepte à trouver une famille autre part.

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Intro

Tous les ex adeptes reconnaissent que leur cerveau était comme anesthésié, et qu’ils pensaient par leur secte ou leur gourou interposés.
Il faut donc les aider à retrouver leur esprit critique, susciter leur curiosité pour d’autres choses, les amener à s’interroger afin qu’ils commencent à remettre le discours de leur gourou en question. Mais ce n’est pas facile à faire car on prend le risque de les heurter et de provoquer une rupture de contact, ce qui donnerait la victoire totale à la secte qui aurait le monopole des relations sur son adepte.

Dans certains cas, une personne entrée en phase de séduction, c’est-à-dire ayant au plus quelques mois de fréquentation des adeptes d’une secte,  peut être récupérée, mais cela nécessite un bon niveau d’expérience et une connaissance parfaite de la secte concernée. Il vaut mieux dans ce cas s’adresser à une association spécialisée sur les dérives sectaires

Eviter la rupture

Tout d’abord, il faut éviter la rupture de relation avec l’adepte, notamment celle d’un parent ou d’un ami, cette relation suppose la confiance, d’autant plus que c’est l’adepte qui va pouvoir nous aider à y voir clair sur les raisons qui l’ont amené à se convertir… Peu importe les banalités qui seront échangées et que l’adepte ne semble pas entendre ce que vous lui dites, le fait qu’il vous parle est une ouverture sur l’extérieur, toute relation a une interaction, une influence. Bien-sûr, l’adepte va essayer de vous convertir, il est dans la vérité et vous êtes ignorant à ses yeux, mais il faudra surtout que vous ne deveniez pas diabolique pour lui en dévoilant ouvertement votre opposition farouche ou votre mépris pour ses croyances absurdes. L’adepte est généralement préparé par la secte à interpréter les réactions négatives comme étant charnelles, matérialistes, diaboliques, ne donnez pas raison aux manipulateurs. Sans pour autant agréer ses croyances, montrez vous respectueux, comme s’il était le fidèle d’une connue parlant de ses convictions, écoutez le avec sérieux, sans ironie. Lorsqu’il vous questionnera sur ce que vous pensez de ses idées, mieux vaut relativiser, diluer sa vérité avec toutes les autres qui ont les mêmes arguments (ou prétentions, mais de pas utiliser ce mot péjoratif)  et profitez-en pour lui dire que vous attendez de voir les fruits pour juger de la qualité de l’arbre et pour l’instant vous ne pouvez parler de ce que vous ne connaissez pas.

Par contre, il sera certainement utile de quitté la théorie et les spéculations pour ramener la conversation vers le réel, le concret, le vérifiable, le vécu sans faire d’allusion à sa croyance, d’évoquer avec lui les bons moments passés en famille, avec les amis, de parler des activités et des thèmes qu’il chérissait avant que la secte prenne toute la place, les arts, la musique, le sport, les fêtes et repas entre amis, les souvenirs de lycée ou de fac, la gentillesse de Untel. Tout cela ne sera peut-être pas très profond mais provoquera des sentiments positifs, des gratifications émotionnelles reçues hors de la secte. Cette dernière ne manquera pas de souligner que cette période est révolue, futile, inutile, matérialiste, illusoire et qu’il faut se porter vers le nouveau, l’homme régénéré et spirituel et se débarrasser du fardeau diabolique ou karmique de son passé…

Mais malgré tout, les émotions positives que vous aurez suscité concernant sa vie passée s’inscriront en lui et entreront en conflit avec la doctrine à un moment ou un autre.

Il faut de la mesure. C’est-à-dire qu’il ne s’agit pas de prendre un entonnoir pour lui faire ingurgiter ce que nous venons d’évoquer. Il risque d’avoir une indigestion d’autant que votre nourriture « spirituelle » est indigeste par rapport à la doctrine sectaire qui l’habite. Il ne faudrait pas susciter des anticorps. Bref, il fuirait votre présence.

La difficulté et de maintenir sa part d’intérêt à vous rencontrer, qui en ce qui le concerne est la possibilité de vous convertir, en échange de quoi, il accepte vos propos plus ou moins dérangeants par rapport à sa reprogrammation mentale. C’est un jeu subtil qui peut se présenter ainsi :

« tu sais combien je t’aime ou que j’ai énormément d’estime pour toi, mais je ne suis pas d’accord avec toi sur ce point… il semble que d’autres ont les mêmes résultats mais en invoquant d’autres causes… »

S’il essaie de vous culpabiliser ou de vous accuser de ne pas respecter sa croyance, vous pouvez lui rappeler que l’amitié sous-entend l’égalité, qui est la base du respect mutuel, et qu’il doit respecter vos idées comme vous-même respectez les siennes et que justement c’est l’altérité qui donne tout l’intérêt des relations humaines. Si l’on est tous dans le même moule de pensée, plus besoin de se parler, de communiquer… de ce fait vous êtes tout à fait intéressé par son avis sans pour autant être en accord parfait.

Comment gérer la conversation alors ?

Poser des questions est une bonne façon de lui montrer toute votre attention pour lui. Vos questions si elles sont bien amenées devraient le conduire à se poser lui-même des questions

Exemple : a-t-il déjà fréquenté d’autres groupes spirituels avant ? Connait-il d’autres doctrines ?

Faites-lui parler de son gourou ou de son mouvement pour vérifier ce qu’il en sait et s’il s’est contenté de ce que les adeptes lui en ont dit et s’il s’est intéressé aux informations externes. Vos questions devraient l’amener à comprendre qu’il n’a reçu que les avis des adeptes.

Tout cela doit être fait en évitant tout affrontement, toute polémique, il vaut mieux feindre l’ignorance, plutôt que d’avoir raison et que la relation soit rompue. Si vous savez quelque chose de fâcheux concernant la secte, il vaut mieux qu’il le découvre lui-même par votre incitation :

« Il me semble avoir vu sur internet ou sur Facebook que… mais je ne me souviens plus très bien. »

Il répondra souvent en citant les écrits de la secte ou le gourou, ce sera l’occasion de lui demander ce qu’il en pense lui ; et plusieurs fois s’il le faut pour lui faire comprendre qu’il est en mode automatique

S’il utilise un vocabulaire particulier à la secte, lui demander de traduire en termes intelligibles pour tout le monde, c’est le propre de la communication d’être compris sinon ça ne sert à rien de parler et ne pas hésiter à répéter cette opération le cas échéant pour lui faire comprendre ou lui dire si le niveau de relation le permet qu’il s’agit là d’un langage stéréotypé.

Dans le fil de la conversation, il vous aura fait comprendre l’excellence du mouvement et de son gourou, vous pourrez alors lui poser des questions qui pourront le faire réfléchir :

Quitterait-il sa femme, ses amis ou sa région, son emploi, si le gourou lui demandait ?

L’adepte sorti de la secte

Un adepte ayant quitté sa secte, va souvent vouloir être tranquille, et ne pas avoir sur le dos des proches même prévenants qui vont lui retourner constamment le couteau dans la plaie et l’assommer de conseils, de directives bienveillantes mais humiliantes pour lui. Il est dans une situation d’échec d’autant plus grande vis-à-vis de ses proches, qu’il était auparavant très sûr de sa croyance, donneur de leçons, voie prétentieux et arrogant avec son entourage.

Il suffira à ses proches de lui montrer qu’ils sont là pour lui, disponibles et dans l’écoute compréhensive s’il en a besoin.

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