Le sectomètre : outil permettant de mesurer le niveau de sectarisme ou d’emprise sectaire d’un adepte ou d’un groupe si l’on dispose d’éléments d’information
Des conseils utiles pour celles et ceux qui souhaiteraient porter plainte, ici
Le « Plaintomètre à disposition » sur ce lien (Rapport, partage d’expérience, ne se limite pas aux violences faites aux femmes)
PDF Accompagner un adepte vers la sortie de l’emprise mentale
Conseils pour mener un entretien épistémique (La Tronche en biais)
Etude pour essayer de comprendre pourquoi certains adeptes quitte leur secte ou gourou (Vidéo)
Préparation du terrain
Lorsque des circonstances indiquent qu’il y a une faille chez l’adepte, un doute vis-à-vis de son groupe, il est important, après avoir analysé les causes possibles de son engagement, d’avoir entrepris de régler autant que faire se peut la cause, qui peut être le cas échéant, des problèmes familiaux qui auraient conduit l’adepte à trouver une famille autre part.
* * * * *
Intro
Tous les ex adeptes reconnaissent que leur cerveau était comme anesthésié et qu’ils pensaient par leur secte ou leur gourou interposés.
Il faut donc les aider à retrouver leur esprit critique, susciter leur curiosité pour d’autres choses, les amener à s’interroger afin qu’ils commencent à remettre le discours de leur gourou en question. Mais ce n’est pas facile à faire car on prend le risque de les heurter et de provoquer une rupture de contact, ce qui donnerait la victoire totale à la secte qui aurait le monopole des relations sur son adepte.
Dans certains cas, une personne entrée en phase de séduction, c’est-à-dire ayant au plus quelques semaines de fréquentation des adeptes d’une secte, peut être parfois récupérée, mais cela nécessite un bon niveau d’expérience et une connaissance parfaite de la secte concernée. Il vaut mieux dans ce cas s’adresser à une association spécialisée sur les dérives sectaires
Eviter la rupture
Tout d’abord, il faut éviter la rupture de relation avec l’adepte, notamment celle d’un parent ou d’un ami, cette relation suppose la confiance, d’autant plus que c’est l’adepte qui va pouvoir nous aider à y voir clair sur les raisons qui l’ont amené à se convertir… Peu importe les banalités qui seront échangées et que l’adepte ne semble pas entendre ce que vous lui dites, le fait qu’il vous parle est une ouverture sur l’extérieur, toute relation a une interaction, une influence. Bien-sûr, l’adepte va essayer de vous convertir, ainsi que ses proches, il est dans la vérité et vous êtes à ses yeux ignorant ou pire vous êtes un être manipulé par le démon, mais il faudra surtout éviter que vous confirmiez cela pour lui en dévoilant ouvertement votre opposition farouche ou votre mépris pour ses croyances absurdes. L’adepte est généralement préparé par la secte à interpréter les réactions négatives comme étant charnelles, matérialistes, diaboliques, ne donnez pas raison aux manipulateurs. Sans pour autant agréer ses croyances, montrez vous respectueux, comme s’il était le fidèle d’une religion connue parlant de ses convictions, écoutez le avec sérieux, sans ironie. Lorsqu’il vous questionnera sur ce que vous pensez de ses idées, mieux vaut relativiser, diluer sa vérité avec toutes les autres qui ont les mêmes arguments (ou prétentions, mais de pas utiliser ce mot péjoratif) et profitez-en pour lui dire que vous attendez de voir les fruits pour juger de la qualité de l’arbre et pour l’instant vous ne pouvez parler de ce que vous ne connaissez pas.
Par contre, il sera certainement utile de quitté la théorie et les spéculations pour ramener la conversation vers le réel, le concret, le vérifiable, le vécu sans faire d’allusion à sa croyance, d’évoquer avec lui les bons moments passés en famille, avec les amis, de parler des activités et des thèmes qu’il chérissait avant que la secte prenne toute la place, les arts, la musique, le sport, les fêtes et repas entre amis, les souvenirs de lycée ou de fac, la gentillesse de Untel. Tout cela ne sera peut-être pas très profond mais provoquera des sentiments positifs, rappellera des gratifications émotionnelles reçues hors de la secte. Cette dernière ne manquera pas de souligner que cette période est révolue, futile, inutile, matérialiste, illusoire et qu’il faut se porter vers le nouveau, l’homme régénéré et spirituel et se débarrasser du fardeau diabolique ou karmique de son passé…
Mais malgré tout, les émotions positives que vous aurez suscité concernant sa vie passée s’inscriront en lui et entreront en conflit avec la doctrine à un moment ou un autre. Il vaut donc mieux éviter le « mais » introduisant une opposition et le « pourquoi » amenant une accusation dans votre conversation.
De la mesure. C’est-à-dire qu’il ne s’agit pas de prendre un entonnoir pour lui faire ingurgiter ce que nous venons d’évoquer. Il risque d’avoir une indigestion d’autant que votre nourriture « spirituelle » lui est indigeste en raison de la doctrine sectaire qui l’habite. Il ne faudrait pas susciter des anticorps. Bref, il fuirait votre présence ou entrerait en opposition frontale.
La difficulté et de maintenir sa part d’intérêt à vous rencontrer, qui en ce qui le concerne est la possibilité de vous convertir, en échange de quoi, il accepte vos propos plus ou moins dérangeants par rapport à sa reprogrammation mentale. C’est un jeu subtil qui peut se présenter ainsi :
« tu sais combien je t’aime ou que j’ai énormément d’estime pour toi, en même temps sur le point que tu as évoqué… il semble que d’autres aient les mêmes résultats mais en invoquant d’autres causes… »
S’il essaie de vous culpabiliser ou de vous accuser de ne pas respecter sa croyance, vous pouvez lui rappeler que l’amitié sous-entend l’égalité, qui est la base du respect mutuel, et qu’il doit respecter vos idées comme vous-même respectez les siennes et que justement c’est l’altérité qui donne tout l’intérêt des relations humaines. Si l’on est tous dans le même moule de pensée, plus besoin de se parler, de communiquer… de ce fait vous êtes tout à fait intéressé par son avis sans pour autant être en accord parfait.
Comment gérer la conversation alors (Entretien épistémique) ?
Poser des questions est une bonne façon de lui montrer toute votre attention pour lui. Vos questions si elles sont bien amenées devraient le conduire à se poser lui-même des questions. Il vaut donc mieux éviter le « mais » introduisant une opposition et le « pourquoi » amenant une accusation dans votre conversation.
Evitez de donner des conseils lorsqu’il ne vous les demande pas.
L’approche réflexive
Elle peut être une bonne piste parce qu’elle a un effet miroir.
Exemple : lorsqu’on sourit à une personne, elle a tendance à nous rendre le sourire.
Par ailleurs, vous lui envoyez un message indirect sur elle-même et son idéologie en lui demandant de préciser sa pensée.
Vous pouvez reformuler ce qu’il vient de dire : « Si j’ai bien compris, tu dis que la fin du monde est imminente et que vous serez les seuls à y échapper ? »
Ce n’est pas la même chose d’être émetteur ou récepteur d’informations. Il se verra ainsi au travers de vous, vous lui renvoyez son discours, son image et peut-être qu’à un moment, il en percevra l’excès ou l’incohérence et cela l’amènera à sortir de sa zone de confort pour faire des recherches, sortir du cadre idéologique imposé.
Dans cet esprit, une autre exemple de question qui peut être posées en mode apaisé : a-t-il déjà fréquenté d’autres groupes spirituels avant ? Connait-il d’autres doctrines ?
Soutirer des informations ou des indices
Faites-lui parler de son gourou ou de son mouvement pour vérifier ce qu’il en sait et s’il s’est contenté de ce que les adeptes lui en ont dit et s’il s’est intéressé aux informations externes. Vos questions devraient l’amener à comprendre qu’il n’a reçu que les avis des adeptes. Là encore, selon son niveau de méfiance, ces questionnements peuvent être induits par l’approche réflexive évoquée plus haut.
Tout cela doit être fait en évitant tout affrontement, toute polémique, il vaut mieux feindre l’ignorance, tout en suscitant sa curiosité, plutôt que d’avoir raison et que la relation soit rompue. Si vous savez quelque chose de fâcheux concernant la secte, il vaut mieux qu’il le découvre lui-même par votre incitation :
« Il me semble avoir vu sur internet ou sur Facebook que… mais je ne me souviens plus très bien. »
Il répondra souvent en citant les écrits de la secte ou le gourou, ce sera l’occasion de lui demander ce qu’il en pense lui et plusieurs fois s’il le faut (sans insister et pas dans la même séance) pour lui faire comprendre qu’il est en mode automatique, sans lui dire directement.
S’il utilise un vocabulaire particulier à son mouvement, lui demander de traduire en termes intelligibles pour tout le monde, c’est le propre de la communication d’être compris sinon ça ne sert à rien de parler et ne pas hésiter à répéter cette opération le cas échéant pour lui faire comprendre (sans lui dire) qu’il s‘agit là d’un langage stéréotypé. L’approche réflexive évoquée plus haut est encore un bon moyen.
Dans le fil de la conversation, il vous aura fait comprendre l’excellence du mouvement et de son gourou, vous pourrez alors lui poser des questions qui pourront le faire réfléchir :
Quitterait-il sa femme, ses amis ou sa région, son emploi, si le gourou lui demandait ?
N’oubliez pas de noter toutes les informations possibles sur le gourou, le groupe, la doctrine, ceci permettra un meilleur traitement du cas.
L’adepte sorti de la secte
Un adepte ayant quitté sa secte, va souvent vouloir être tranquille, et ne pas avoir sur le dos des proches, même prévenants, qui vont lui retourner constamment le couteau dans la plaie et l’assommer de conseils, de directives bienveillantes mais humiliantes pour lui. Il est dans une situation d’échec d’autant plus grande vis-à-vis de ses proches, qu’il était auparavant très sûr de sa croyance, donneur de leçons, voire prétentieux et arrogant avec son entourage.
Il suffira à ses proches de lui montrer qu’ils sont là pour lui, disponibles et dans l’écoute compréhensive s’il en a besoin.
Pour accélérer la désimprégnation idéologique par le lexique ou le travail sur le jargon sectaire, les Ateliers d’ILCEN proposent de très bons exercices pour les sortants de sectes dans ce domaine : https://www.ateliers-ilcen.org/)
Document en Pdf (Simplifié)
Un kit de phrases prêtes à l’emploi pour chaque situation difficile.
Voici un kit de phrases prêtes à l’emploi, organisé par situations difficiles que vivent les proches lorsqu’un enfant, un conjoint, un ami ou un parent tombe sous emprise sectaire. Chaque situation inclut :
- ce que la personne sous emprise dit,
- ce que vous pouvez répondre (efficace, non confrontant),
- ce qu’il faut éviter,
- et pourquoi cela fonctionne.
Ce kit est conçu pour être utilisé tel quel, sans connaissances préalables.
🟦 1. Quand il/elle veut vous convertir
Ce qu’il/elle dit
« Tu devrais venir à une réunion, ça t’ouvrirait les yeux. »
Réponses efficaces
- « Je comprends que ce soit important pour toi. Pour moi, j’ai besoin de prendre mon temps. »
- « Je respecte ton choix. J’aimerais que tu respectes le mien aussi. »
- « Je préfère te soutenir en restant moi-même. »
À éviter
- « Jamais de la vie ! »
- « Ton groupe est dangereux ! »
Pourquoi ça marche
Vous ne vous opposez pas frontalement → pas de rupture → vous restez un repère extérieur.
🟩 2. Quand il/elle répète un discours apocalyptique
Ce qu’il/elle dit
« La fin du monde arrive bientôt. »
Réponses efficaces
- « Si je comprends bien, tu dis que la fin du monde est proche ? »
- « Comment toi, tu le sais ? »
- « Qu’est-ce que ça change pour toi au quotidien ? »
À éviter
- « C’est n’importe quoi ! »
- « Tu es complètement parano. »
Pourquoi ça marche
Vous l’amenez à réfléchir sans le ridiculiser.
🟧 3. Quand il/elle utilise un jargon incompréhensible
Ce qu’il/elle dit
« On travaille sur la purification karmique. »
Réponses efficaces
- « Je ne connais pas ce mot. Tu peux l’expliquer simplement ? »
- « Comment tu le décrirais à quelqu’un qui n’a jamais entendu ça ? »
À éviter
- « C’est du charabia ! »
- « Tu parles comme un robot. »
Pourquoi ça marche
Cela casse le discours automatique et l’oblige à reformuler avec ses propres mots.
🟪 4. Quand il/elle vous accuse d’être “toxique” ou “négatif”
Ce qu’il/elle dit
« Tu es toxique, tu m’empêches d’avancer. »
Réponses efficaces
- « Je suis désolé que tu te sentes comme ça. J’aimerais comprendre ce que tu vis. »
- « Je t’aime, même quand on n’est pas d’accord. »
- « Je veux rester quelqu’un de bienveillant pour toi. »
À éviter
- « C’est toi qui es toxique ! »
- « Tu es complètement manipulé ! »
Pourquoi ça marche
Vous déjouez la stratégie du groupe qui cherche à provoquer une rupture.
🟫 5. Quand il/elle coupe les ponts ou s’éloigne
Ce qu’il/elle dit
« J’ai besoin de prendre mes distances. »
Réponses efficaces
- « Je respecte ton besoin d’espace. Je suis là quand tu veux parler. »
- « Tu peux toujours compter sur moi. »
- « Je t’aime, même de loin. »
À éviter
- « Très bien, débrouille-toi ! »
- « Si tu pars, ne reviens pas ! »
Pourquoi ça marche
Vous restez une porte ouverte, ce que la secte ne peut pas remplacer.
🟥 6. Quand il/elle est épuisé, stressé ou mal en point
Ce qu’il/elle dit
« C’est normal, c’est une épreuve spirituelle. »
Réponses efficaces
- « Je te trouve fatigué. Tu veux qu’on en parle ? »
- « Tu sais que tu peux te reposer ici si tu en as besoin. »
- « Comment ton corps vit tout ça en ce moment ? »
À éviter
- « Tu vois bien que ce groupe te détruit ! »
- « Tu fais n’importe quoi ! »
Pourquoi ça marche
Vous montrez une préoccupation sincère, pas un jugement.
🟨 7. Quand vous voulez introduire un doute sans confrontation
Réponses efficaces
- « J’ai entendu quelque chose sur votre groupe… mais je ne suis pas sûr d’avoir bien compris. »
- « Je me demande comment vous vérifiez que ce que dit le leader est vrai. »
- « Tu as déjà exploré d’autres points de vue ? »
À éviter
- « J’ai vu un reportage, c’est une secte ! »
- « Tu te fais avoir ! »
Pourquoi ça marche
Le doute doit venir de lui/elle, pas de vous.
🟩 8. Quand il/elle vous dit que “vous ne comprenez rien”
Ce qu’il/elle dit
« Tu ne comprends pas, toi. »
Réponses efficaces
- « C’est vrai que je ne comprends pas tout. Aide-moi à comprendre ce que tu vis. »
- « Je veux t’écouter, même si je ne partage pas tout. »
- « Parle-moi de ce que ça t’apporte. »
À éviter
- « C’est toi qui ne comprends rien ! »
- « Tu es aveuglé ! »
Pourquoi ça marche
Vous transformez une fermeture en ouverture.
🟦 9. Quand il/elle vous dit que “la famille est un obstacle”
Ce qu’il/elle dit
« Ma famille m’empêche d’évoluer. »
Réponses efficaces
- « Je suis désolé que tu le ressentes comme ça. Je veux être un soutien, pas un obstacle. »
- « Je veux comprendre ce que tu cherches vraiment. »
- « Je t’aime, même si on ne voit pas les choses pareil. »
À éviter
- « Tu préfères ta secte à ta famille ! »
- « Tu es perdu ! »
Pourquoi ça marche
Vous refusez le rôle d’ennemi que la secte veut vous attribuer.
🟫 10. Quand il/elle veut rompre tout contact
Ce qu’il/elle dit
« Je ne veux plus te parler. »
Réponses efficaces
- « Je respecte ton choix. Je serai là si un jour tu veux reparler. »
- « Tu peux toujours me contacter, même juste pour dire bonjour. »
- « Je t’aime, quoi qu’il arrive. »
À éviter
- « Très bien, c’est fini entre nous ! »
- « Tu me déçois ! »
Pourquoi ça marche
Vous laissez une porte ouverte, ce qui est vital pour une future sortie.
🟧 11. Quand il/elle revient après une dispute
Ce qu’il/elle dit
« Je ne sais pas si je devais revenir… »
Réponses efficaces
- « Je suis content que tu sois là. »
- « On peut repartir à zéro, sans reproches. »
- « Tu n’as rien à prouver. »
À éviter
- « Tu vois, j’avais raison ! »
- « Tu m’as fait souffrir ! »
Pourquoi ça marche
Vous évitez la culpabilité, qui est un carburant de l’emprise.
🟩 12. Quand il/elle commence à douter du groupe
Ce qu’il/elle dit
« Parfois je me demande si… »
Réponses efficaces
- « Tu peux m’en parler si tu veux. Je t’écoute. »
- « C’est normal d’avoir des questions. »
- « Tu as le droit de réfléchir par toi-même. »
À éviter
- « Enfin ! Tu ouvres les yeux ! »
- « Je te l’avais dit ! »
Pourquoi ça marche
Vous soutenez le doute sans l’écraser sous votre enthousiasme.
🟦 13. Quand il/elle sort du groupe et se sent perdu
Ce qu’il/elle dit
« Je ne comprends pas comment j’ai pu… »
Réponses efficaces
- « Tu n’as rien à te reprocher. L’important, c’est que tu es là. »
- « Tu as été courageux. »
- « On avance ensemble, à ton rythme. »
À éviter
- « Je te l’avais dit ! »
- « Comment tu as pu être aussi naïf ? »
Pourquoi ça marche
Vous évitez la honte, qui peut provoquer une rechute.
