Coordination fondamentalisme protestant et sectes

Temps de lecture : 8 min.

Tel. 07 69 80 62 83     fondamentalisme_protestant@yahoo.com

Cette coordination a pour but de collecter les observations, doléances et documents permettant de cerner au sein des fondamentalismes protestants, les risques potentiels ou avérés de dérives sectaires et de manipulation mentale ou de suggestion psychologique.

Elle se fixe aussi pour objectif de réunir et organiser, pour que leurs intérêts soient mieux entendus, les personnes physiques et morales qui auraient des doléances à l’égard de certains thèmes spécifiques, acteurs ou groupes appartenant à la mouvance fondamentaliste protestante (certaines églises évangéliques, pentecôtistes, ethniques, prônant l’Evangile de la prospérité, les prophéties catastrophistes conduisant à des comportements extrêmes, le discipling comme méthode d’asservissement, le versement de la dîme en invoquant la réprobation divine en cas de refus, suscitant des offrandes exorbitantes, détournant des fidèles de soins médicaux au profit de la guérison divine, les promesses ou des prétentions à détenir des dons ou charismes surnaturels pour mettre des croyants sous emprise , l’induction du culte de certaines personnalités, etc.)

Cette coordination est apolitique, laïque, aconfessionnelle et se fonde sur la pensée rationnelle, même si elle n’hésite pas à faire des recherches dans les textes sacrés pour aider à la compréhension de certains comportements dommageables à l’individu , notamment certaines dérives sectaires.

Cette démarche n’implique aucun amalgame, tenant compte de la diversité et de la disparité des églises constituant le monde protestant, la liberté étant une valeur fondamentale pour cette coordination, y compris la liberté d’avoir les croyances et les pratiques religieuses de son choix, sous réserve bien-sûr qu’elles ne nuisent à personne.

Cette coordination est une structure de l’association GEMPPI – Groupe d’Etude des Mouvements de Pensée en vue de la Protection de l’Individu. (Association, œuvrant pour la prévention des dérives sectaires de toutes sortes www.gemppi.org ). Notre coordination en adopte les définitions et les approches du phénomène sectaire.

De ce fait, la Coordination GEMPPI « Fondamentalisme protestant et dérives sectaires », recueille les informations et doléances autour de la problématique sectaire des mouvements fondamentalistes protestants, écoute, réunit et coordonne les plaignants, les met en contact éventuellement et fournit au GEMPPI de la matière à avis, analyse et à publication tout en respectant l’anonymat des personnes.

Un exemple

Evangéliques : témoignage d’Ophélie(1)

Ce témoignage, c’est mon vécu au sein d’une famille chrétienne . Il ne tend pas à généraliser, mais à informer sur l’existence de dérives bien réelles. Il n’entre pas dans les détails des maltraitances et des paroles blessantes qui ont marqué mon enfance, mais je pense qu’il dit l’essentiel.

Mes parents sont membres d’une église libre. Il s’agit d’une église très conservatrice qui préfère ne pas s’associer aux autres Chrétiens, même Évangéliques, qui dérogent à sa doctrine. Les dons spirituels y sont mis en pratique ; il y a des rituels d’exorcisme aussi, des délivrances, qui peuvent paraître très spectaculaires quand on n’a jamais vu ça.

Je suis née dans ce milieu-là, je n’ai connu que ça. Or, si l’amour de Dieu était prêché à l’église, l’atmosphère à la maison était tout autre : les insultes et les rabaissements étaient quotidiens, les coups de bâton et de ceinture étaient réguliers. En fait, j’ai grandi dans l’idée que je n’étais rien et que je ne valais rien – avec des parents qui usaient d’un langage violent et qui ne faisaient que secouer la tête devant leurs enfants. Il y avait en parallèle des règles de vie strictes : il ne fallait pas chanter n’importe quoi, ni dire n’importe quoi. Tout était régi par la Bible, et notre deuxième maison c’était l’église.

À l’adolescence, je suis tombée malade – il faut savoir que la maladie, pour ce genre de Chrétiens, c’est une punition de Dieu ou le signe d’une foi faible – et là, les choses se sont corsées. J’avais des douleurs au niveau du bassin, des examens cliniques étaient en cours. Mais dès l’instant où un médecin m’a prescrit des béquilles, mes parents ont tout interrompu. J’ai alors vécu des prières et des impositions des mains forcées ; mes parents étaient persuadés que c’était Satan qui me tenait. Et puis un soir, ils ont décidé de jeter mes béquilles : il fallait alors que je dise que Jésus m’avait guérie alors que ce n’était pas vrai ! J’avais des problèmes de peau aussi, comme beaucoup d’adolescentes de mon âge. Mes parents priaient pour que ma peau redevienne belle, mais faisaient tous les jours la grimace face à ma « gueule » qui ne leur revenait pas. Ils me trouvaient moche et ne se cachaient pas pour me le dire. Pendant sept ans, il ne s’est pas passé un jour sans que des remarques humiliantes ne soient faites sur mon visage. On recevait en même temps des songes pour ma peau, mais les rituels de guérison que l’on me dictait ne marchaient pas. J’ai subi des menaces : il fallait que je me demande pourquoi Dieu ne me guérissait pas.

Je ne vais pas donner plus de détails, mais c’est une époque où j’ai beaucoup pleuré. Je ne participais plus vraiment à la vie de famille, on avait réussi à me rendre dépressive. Il y avait une telle pression sur moi à la maison que je n’arrivais plus à manger ; j’étais comme un squelette, tant j’avais maigri, et ça, malheureusement, ça confortait davantage mes parents dans l’idée que le diable avait pris le dessus sur moi.

Je me suis sortie de ce cercle destructeur en participant au programme d’échange Erasmus. J’avais alors vingt ans. Je n’ai pas hésité une seule seconde quand on m’a proposé de passer une année étudiante en Allemagne ! Je savais que je n’allais plus jamais revenir.

Je vis en Allemagne depuis cette année d’échange, du coup, mais ma reconstruction a été très compliquée. Au début, mes parents m’appelaient pour savoir si j’avais trouvé une assemblée identique à la leur, une assemblée de « vrais » enfants de Dieu qui pratiquaient un culte comme le nôtre. Et lorsqu’ils ont compris que je souhaitais prendre mes distances, que j’allais vraiment rester en Allemagne alors que je n’avais toujours pas trouvé d’assemblée “conforme”, ils ont rapidement tenté de me faire croire que si Dieu fermait les portes, c’était parce que je n’avais rien à faire là, qu’il fallait que je revienne… J’ai alors eu comme un déclic, et j’ai explosé : je leur ai écrit un long courrier avec tout ce que j’avais sur le cœur ; j’ai lâché toute la pression que j’avais accumulée pendant toutes ces années. En réponse, j’ai été assaillie de messages bibliques par téléphone, par e-mail, par SMS. « Honore ton père et ta mère », m’envoyait-on. C’était comme si je parlais à un mur. Mes frères et sœurs avaient entre-temps pris le relais et, à chaque fois que j’ouvrais mon portable, « Jésus t’aime » s’affichait. Très rapidement, je me suis sentie traquée et j’ai décidé de couper les ponts avec toute ma famille. Je suis allée jusqu’à brouiller mes traces et ai longtemps vécu “cachée” pour qu’ils ne me retrouvent plus et ne m’écrivent plus : j’ai déménagé sans laisser d’adresse, j’ai changé d’adresse e-mail et de numéro de téléphone, je n’étais visible ni sur Internet ni dans l’annuaire… C’était pénible, mais cette “pause” m’a fait un bien fou : elle a permis une vraie renaissance, et surtout une vraie réflexion sur ma vie.

J’ai alors connu une longue période d’isolement durant laquelle j’ai cependant compris pas mal de choses, notamment que mes parents avaient causé des dégâts considérables sur ma personne. Durant cette phase, j’ai vraiment commencé à me rendre compte de l’ampleur des maltraitances psychiques que j’avais subies. J’ai réalisé qu’il n’était pas normal de se moquer de l’apparence physique de son propre enfant le matin et d’aller louer Dieu le soir, comme si de rien n’était ! J’ai compris qu’à ce stade, c’était tout un environnement religieux et familial qui me mettait en grand danger psychologique, et qu’il avait bel et bien été vital pour moi de couper les ponts.

Petit à petit, je me suis mise à fréquenter des associations de victimes de sectes. Je me suis sentie confirmée en voyant les regards choqués des gens en qui je me confiais. Un expert psychologue, spécialiste des questions sectaires, m’a également beaucoup aidée. Avec lui, j’ai appris à “démystifier” l’environnement dans lequel j’ai grandi, à avoir un peu plus confiance en moi et surtout, à devenir acteur de ma vie. Depuis ma naissance, on m’avait enseigné à prier, mais pas à agir ; on m’avait enfermée dans une pensée unique qui m’empêchait de voir d’autres perspectives. J’ai réalisé qu’il était possible de voir les choses différemment de ce que j’avais appris ; que j’avais le droit de vivre ma vie selon mes envies, le droit d’être libre. C’est cet élargissement d’horizon qui m’a permis de me socialiser, c’est ce qui m’a sauvée.

Aujourd’hui, je suis mariée et vis entourée de personnes douces et aimantes. Je lis beaucoup de livres spécialisés sur le thème des dérives sectaires, de la manipulation mentale et des familles toxiques. J’ai trouvé mon équilibre loin de toute folie évangélique, et surtout loin de ma famille. Je l’ai dit au policier qui, un jour, a frappé à ma porte, ici en Allemagne, pour me dire que mes parents me cherchaient. Certaines familles semblent normales, mais il y a des choses que l’on ne voit pas de l’extérieur. Lorsque j’étais adolescente, j’allais au collège et au lycée normalement. Tout le monde voyait ma maigreur, mais on mettait ça sur le compte de l’anorexie. J’ai bien sûr essayé de parler, mais les portes sont restées fermées. En fait, personne ne s’est vraiment rendu compte de la détresse dans laquelle j’étais, mais aujourd’hui, je le dis : c’est à cause de dérives sectaires et de pratiques manipulatoires que je souffrais. Mes parents ne faisaient que citer la Bible à la maison et ne voyaient en moi que le démon. À l’époque, j’avais le choix entre deux options : le suicide ou la fuite. J’ai suivi mon instinct : j’ai choisi la fuite.

Ce passé que je vous décris là, je ne le veux plus ; et pourtant, ma famille ignore encore délibérément mon besoin de rupture. Il y a quelques mois, ils ont réussi à trouver mon adresse en Allemagne et se sont empressés de m’envoyer une carte qui, par un message biblique, me parle d’amour. Or, l’amour, je l’ai découvert en dehors du cadre familial – avec des personnes croyantes et non croyantes qui, d’emblée, ont su m’accepter comme j’étais ; des personnes qui ont de grandes valeurs humaines et qui n’ont jamais cherché à m’imposer leurs convictions personnelles. J’ai répondu à cette carte de manière brève, en réaffirmant mon souhait de ne plus être contactée. Depuis, le calme semble être revenu. Je déplore toutefois qu’il soit aussi facile de retrouver une adresse en Allemagne… Après dix ans de trêve, mon passé m’a désormais rattrapée, mais je crois qu’à la prochaine tentative de contact, j’engagerai une procédure adaptée.

Je partage mon histoire aujourd’hui parce que je pense qu’elle peut servir. On dit que la France est très avancée en termes de protection contre les sectes, cela n’a pas été vrai pour moi et je suis sûre que je ne suis pas la seule. J’ai grandi en France dans un contexte d’emprise qui a failli me détruire ; à la maison, ce n’était plus une question de foi, mais de pouvoir sur autrui. Je pense qu’à partir du moment où quelqu’un souffre à cause des excès religieux d’un tiers, il y a problème. Je m’en suis sortie, mais je reste marquée à vie.

Ophélie, 33 ans (1) 09/09/2018

(1) L’auteur de ce témoignage, Ophélie, est connue du GEMPPI et d’autres organisations d’aide aux victimes en Allemagne.

un libre penseur est un esclave de Satan
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