Bouddhisme

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Au cœur de la secte bouddhiste belge

VICE – Par Constance Vilanova – 26 mars 2019 – Début mars, Robert Spatz, le guide spirituel de la secte OKC, repassait devant la justice belge. L’occasion d’entendre le témoignage de deux enfants d’adeptes du gourou, élevés dans un château du sud de la France.

…Robert Spatz, leader charismatique de la communauté bouddhiste belge OKC (pour Ogyen Kuzang Chöling), fondée en pleine période hippie dans les années 1970 et jugée en cassation en ce début du mois de mars. Depuis 1997, des voix s’élèvent contre ce gourou accusé d’abus sexuels par des femmes du groupe, mais aussi d’avoir encouragé des abus physiques sur les enfants de ses adeptes…

Pour mieux comprendre ce qui se joue ici, il faut remonter en 1972, quand Robert Spatz – ou Lama Kunzang Dorje – fonde à Bruxelles le centre d’études tibétaines Ogyen Kunzang Chöling. Des années 1980 jusqu’à 2005, une centaine d’enfants de ses adeptes sont envoyés dans le sud de la France, au Château-de-soleils à Castellane pour recevoir une éducation bouddhiste. Des petits moines tibétains en herbe dont beaucoup affirmeront des années plus tard y avoir subi des actes de maltraitances, d’exploitation et pour certaines d’abus sexuels alors que la communauté, de son côté, vante une éducation spirituelle en plein air…

https://www.vice.com/amp/fr/article/pan89z/au-coeur-de-la-secte-bouddhiste-belge-okc

Les dirigeants bouddhistes tibétains vont-ils entendre des accusations d’abus sexuels contre des lamas en Occident ?

TibetanReview.net, le 16 septembre 2018 (Deepl traduc.) – Le 14 septembre, le chef spirituel exilé du Tibet, le Dalaï Lama, aurait entrepris de soulever la question du sexe présumé des maîtres bouddhistes tibétains et de la violence psychologique qui en a résulté à l’encontre de leurs étudiants en Occident. La prochaine réunion de novembre à Dharamsala des principaux dirigeants de toutes les écoles religieuses du Tibet. Le dalaï-lama aurait donné l’assurance à quatre victimes déclarées, représentant un groupe de 12, lors d’une réunion à Rotterdam, aux Pays-Bas… Oane Bijlsma participant à la réunion Associated Press aurait déclaré : « Ce que nous voulons de lui est qu’il soit très clair sur le fait que les chefs religieux dans la tradition bouddhiste tibétaine ne sont pas au- dessus de la loi. Même s’ils prétendent que leur tradition endosse un comportement censé aller au-delà du bien et du mal, cela ne peut jamais être le cas. »  Elle aurait également déclaré à l’ agence de presse Efe qu’il s’agissait “d’une réunion très compliquée”. Plus tôt dans la semaine, le groupe avait demandé au dalaï-lama de convoquer une réunion. Et pendant la réunion, le groupe – composé de trois femmes et d’un homme – a présenté des témoignages écrits des 12 victimes présumées. Le rapport de rfa.org  affirme que les  lamas tibétains mentionnés dans la plainte présentée au Dalai Lama lors de la réunion du 14 septembre inclus : Rigdzin Namkha Rinpoché de la Communauté Rigdzin basée en Suisse; Tulku Lobsang du centre Nangten Menlang à Vienne, en Autriche; Sogyal Rinpoché de l’organisation Rigpa, une communauté internationale comptant plus de 100 centres dans le monde entier; et Robert Spatz, un Belge portant le nom tibétain de Lama Ogyen Kunzang Dorje. Les rapports de nouvelles ces derniers mois ont fait référence à des scandales sexuels impliquant plusieurs lamas tibétains enseignement en Occident, notamment Sogyal Rinpoché de l’organisation Rigpa et Sakyong Mipham de Shambhala International. Le réseau international de centres de pratique Rigpa a publié la semaine dernière un rapport confirmant de nombreuses allégations d’abus contre son fondateur, Sogyal Rinpoché. Il avait démissionné de l’organisation en août 2017, un mois après que plusieurs enseignants chevronnés l’avaient publiquement accusé de violences sexuelles, physiques et psychologiques. Il a également été rapporté par tricycle.org le 15 septembre que le Centre de méditation Shambhala de New York pourrait devoir fermer à la fin de Septembre en raison de dons et d’adhésions en baisse à la suite des allégations d’inconduite sexuelle contre les dirigeants Shambhala.     http://www.tibetanreview.net/top-tibetan-buddhist-leaders-to-hear-sex-abuse-allegations-against-lamas-in-the-west/

La pilule du Bouddha : La méditation peut-elle vous changer ?

Scott : Effets indésirables ou secondaires, Méditation, Critiques : Livres et documents | 29 juin 2015

La pratique des techniques contemplatives peut-elle apporter un changement personnel durable ? Si oui, les changements sont-ils toujours pour le mieux ? Deux psychologues d’Oxford, Miguel Farias et Catherine Wikholm, examinent les preuves empiriques et tirent des faits de fictions sur la méditation. Dans La pilule du Bouddha : La méditation peut-elle vous changer ? Farias et Wikholm examinent 40 ans d’études cliniques sur les effets de la méditation transcendantale, popularisée par Guru Maharishi Mahesh Yogi des Beatles, et enquêtent sur les revendications étonnantes des défenseurs de la méditation de pleine conscience. La pratique de la méditation semble avoir des bienfaits physiologiques. Pourtant, “un problème crucial”, dit Farias, “est de savoir comment identifier l’ingrédient actif de la pleine conscience qui aide dans le cas de la dépression”. (p 111) – Les auteurs ont également réalisé leurs propres études empiriques sur des détenus de prisons britanniques : ils ont testé les effets de la méditation yoga sur des meurtriers, des violeurs et des voyous.

Examinant 40 ans de recherche sur les effets de la méditation, les auteurs ont conclu :

1.Les preuves scientifiques d’un changement durable par rapport à la pratique de la méditation sont faibles.

2.Seuls de modestes changements sont constatés pour les pratiquants de la méditation. Pourtant, beaucoup de ceux qui utilisent ou enseignent des techniques de méditation font des affirmations étonnantes sur leurs pouvoirs.

3.La méditation engendre différents états mentaux, mais il n’y a rien d’extraordinaire sur le plan physiologique.

4.Les études sont mal menées : les échantillons sont de petite taille, il n’y a pas de groupes témoins appropriés et il y a beaucoup de biais problématiques. Ils expliquent pourquoi en détail.

5.Il y a un côté sombre à la méditation – la psychose, les pannes et les comportements violents – dont les défenseurs et les praticiens de la méditation parlent rarement.

Farias et Wikholm sont favorables à la méditation. Bien que les preuves empiriques aient révélé que la méditation n’est pas une panacée et n’est pas une pilule magique, alors que certains praticiens ne ressentent rien et d’autres ont des effets secondaires négatifs.

“Je n’ai pas cessé de croire en la capacité de la méditation à alimenter le changement, mais je crains que la science de la méditation ne promeuve une vision biaisée : la méditation n’a pas été développée pour que nous puissions mener des vies moins stressantes ou améliorer notre bien-être. Son but premier était beaucoup plus radical : rompre l’idée que l’on se fait de soi-même, secouer jusqu’au plus profond de soi pour se rendre compte qu’il n’y a ” rien “. (p 152)

Le chapitre Le côté obscur de la méditation donne de nombreux exemples de la violence bouddhiste et comment un Bouddha ou un bodhisattva peut justifier un meurtre. Farias raconte qu’au cours de sa visite à l’ashram d’un gourou indien du yoga, il a été confronté à des gardes armés de mitrailleuses et a été entouré d’affiches pour la peine de mort… “L’un des enseignements cruciaux du bouddhisme est celui du vide : le moi est finalement irréel, de sorte que le bodhisattva qui tue en pleine connaissance du vide du moi ne tue personne ; le moi du tueur et le moi du tué ne sont qu’une illusion (p 166).

“Les données les plus récentes, qui analysent des dizaines d’études menées sur plus de quarante ans, suggèrent que si vous êtes généralement anxieux ou émotionnellement instable, la MT (Méditation Transcendantale) vous aidera dans une certaine mesure, et sera plus efficace que la simple relaxation. Si vous souffrez d’hypertension artérielle, l’American Heart Association recommande la MT (bien que la pleine conscience ne soit pas recommandée), bien que l’exercice physique, comme la natation ou la course, serait préférable.” (p 14)

Un livre révolutionnaire, La pilule du Bouddha, promeut la pensée critique sur la méditation dans un ton facile à suivre et adapté au yoga. Farias et Wikholm amènent le lecteur à s’interroger et à réfléchir de manière critique sur les revendications étonnantes des défenseurs de la méditation.                                                                                  (Deepl traduc.) https://www.macon.com/news/nation-world/article223308290.html

Pourquoi le bouddhisme tibétain fait-il face à ses propres scandales, Sogyal Rinpoché…

Telegraph.co.uk – Joe Shute, 9 SEPTEMBRE 2018…Pour de nombreux esprits occidentaux, ce sont les symboles des religions les plus pacifiques, une source d’éveil spirituel et de contrepoint attrayant à la vie moderne – et qui a largement échappé au scandale qui a pesé sur d’autres institutions. Pourtant, les étudiants londoniens de Rigpa, un réseau international regroupant une centaine de centres répartis dans 40 pays, se sont réunis mercredi soir pour assister à l’annonce d’un nouveau rapport accablant détaillant «de graves abus physiques, émotionnels et sexuels» de son fondateur et ancien chef spirituel, le célèbre lama tibétain Sogyal Rinpoché.  L’ année dernière, le Telegraph a publié une série d’allégations faites par huit anciens et actuels étudiants contre Sogyal, auteur de Le livre tibétain de la vie et de la mort  qui s’est vendu à plus de trois millions d’exemplaires…Le rapport, entrepris par le cabinet d’avocats Lewis Silkin pour enquêter sur les plaintes à la demande de Rigpa, confirme un catalogue choquant de sévices physiques, sexuels et émotionnels commis par Sogyal contre des étudiants. Il conclut également: «Les hauts responsables de Rigpa étaient au moins au courant de certains de ces problèmes et n’ont pas réussi à les résoudre, laissant les autres en danger».  Pourtant, ces allégations d’abus généralisé – et de dissimulation subséquente – au sein de la communauté bouddhiste tibétaine ne se limitent pas à Rigpa. 

En juillet, Sakyong Mipham Rinpoché, le chef de la communauté bouddhiste Shambhala – une organisation qui compte plus de 200 centres de méditation dans le monde – a annoncé qu’il «renoncerait à ses responsabilités administratives et pédagogiques». D’autres accusations similaires tournent autour d’autres centres en Europe. “Il y a d’énormes couvertures dans l’église catholique, mais ce qui s’est passé dans le bouddhisme tibétain va tout à fait dans le même sens”, affirme Mary Finnigan, une auteure et journaliste qui raconte de tels délits depuis le milieu des années 80… L’auteur du rapport, Karen Baxter, détaille les nombreux témoignages selon lesquels les membres du cercle restreint de Sogyal – qui répondaient à tous ses besoins- ont été victimes d’actes répétés de violence brutale. Le backscratcher en bois du lama était une méthode privilégiée pour battre les gens, tout comme les frapper dans l’estomac. Baxter dit avoir reçu des preuves selon lesquelles une personne était assommée, d’autres laissaient des saignements et des commotions cérébrales. Bien que le rapport n’ait pas trouvé de preuves suffisantes pour confirmer certaines des allégations d’abus sexuel, y compris le fait que Sogyal a eu des relations avec des filles de moins de 16 ans, elle présente des preuves de première main montrant que de jeunes femmes sont forcées, manipulées et intimidées… Un témoin, une adolescente qui est arrivée dans une retraite de Rigpa à la recherche d’un répit contre la dépression et l’automutilation, a été priée de se déshabiller une semaine après être venue travailler dans la cuisine du lama. Quand elle a refusé, elle allègue qu’elle a été battue et ensuite forcée à avoir des relations sexuelles… En 1994, un étudiant américain utilisant le pseudonyme juridique Janice Doe lui a intenté un procès en prétendant qu’il avait utilisé son statut spirituel pour l’abuser sexuellement et physiquement. L’affaire a été réglée hors cour pour un montant non divulgué…Le rapport sur Sogyal révèle en 1992 qu’une lettre a également été envoyée au dalaï-lama pour souligner les préoccupations concernant Sogyal, mais il n’en a parlé que l’année dernière, le qualifiant de «disgracié». Sogyal a pris sa retraite en tant que directeur spirituel de Rigpa quelques jours plus tard et réside semble t-il  en Thaïlande recevant un traitement contre le cancer. Il a refusé d’être interviewé pour le rapport…Un communiqué publié le 5 septembre par le «comité de vision» de Rigpa et tous ses conseils nationaux individuels a déclaré: «Nous sommes profondément désolés et nous nous excusons des souffrances subies par les membres passés et présents». L’organisation s’est également engagée à donner suite à toutes les recommandations du rapport …                     https://www.telegraph.co.uk/news/2018/09/09/tibetan-buddhism-facing-abuse-scandal/

 

Bouddhisme. Le Dalaï Lama « avait connaissance » d’agressions sexuelles

Ouest-France avec AFP – 16/09/2018  – Des enseignants bouddhistes auraient agressé sexuellement dans les années 1990 des élèves. Le chef spirituel tibétain, le Dalaï Lama a affirmé qu’il était au courant. Le Dalaï Lama a affirmé samedi à la télévision publique néerlandaise avoir eu connaissance depuis les années 1990 d’agressions sexuelles présumées commises par des enseignants bouddhistes. Le chef spirituel tibétain effectuait une visite de quatre jours aux Pays-Bas où il a rencontré vendredi des victimes d’agressions sexuelles présumées commises par des enseignants bouddhistes. Il répondait ainsi à l’appel de douze d’entre elles qui avaient lancé une pétition afin qu’une réunion soit organisée… « Je savais déjà ces choses là, rien de nouveau », a déclaré le Dalaï Lama auprès de la télévision publique néerlandaise NOS.

Marion Dapsance. “Qu’ont-ils fait du Bouddhisme ? ” et   “Les dévots du Bouddhisme”

Qu’ont-ils fait du Bouddhisme ? Marion Dapsance – Bayard 2018

Il faut entendre bouddhisme moderne au sens de pseudo-bouddhisme. Ce que l’auteur critique n’est pas le bouddhisme des Asiatiques mais le produit hybride qu’ont créé les Occidentaux, comme solution imaginaire à leurs propres problèmes. Produit de la sécularisation européenne, ce bouddhisme imaginé est battu en brèche par l’auteure, notamment en ce qui concerne la méditation, les pouvoirs surnaturels, les dogmes, l’expérience mystique. Elle critique également le rôle parfois ambigu de personnalités médiatiques comme Sogyal Rinpoché ou Matthieu Ricard.

Biographie: Marion Dapsance est docteur en anthropologie de l’École Pratique des Hautes Etudes et a enseigné l’histoire du bouddhisme en Occident à l’Université de Columbia (New York). Elle est également l’auteur des Dévots du bouddhisme.

Une critique sévère du bouddhisme à l’occidentale

• Qu’ont-ils fait du bouddhisme ?   Marion Dapsance, Éd. Bayard, 175 p., 16,50 €

La Croix  – Claire Lesegretain , le 18/05/2018. ESSAI L’anthropologue Marion Dapsance démontre comment le bouddhisme en Occident a été transformé en une sorte de philosophie progressiste visant à la fois l’épanouissement individuel et une réforme sociétale.

En dénonçant, dans Les Dévots du bouddhisme (Éd. Max Milo, 2016), les agissements et pratiques de Sogyal Rinpoché, fondateur des centres tibétains ­Rigpa, la jeune anthropologue Marion Dapsance avait fait preuve de clairvoyance. Quelques mois plus tard, ce lama était démis de ses fonctions par la direction spirituelle du réseau Rigpa pour « abus physiques, émotionnels, psychologiques et sexuels »(lire La Croix du 29 août 2017). Marion Dapsance poursuit ici sa remise en cause du bouddhisme tel qu’il est trop souvent présenté en Occident. Comment en est-on arrivé, s’interroge-t-elle, à expurger le bouddhisme de ses éléments constitutifs pour en faire une espèce de sagesse universelle, capable d’apporter le bien-être et la paix ? « Le Bouddha est devenu philosophe quand nous avons cessé d’être chrétiens », répond-elle, en dénonçant l’objectif idéologique de faire du Bouddha « un anti-Christ », ou plutôt un « messie oriental duquel viendrait la régénérescence de l’Occident moribond ». Une idéologie qu’elle fait remonter au début du XIXe siècle, avec le Français Eugène Burnouf, anticlérical et libre-penseur. À partir de 1870, d’autres Occidentaux souhaitant promouvoir à l’échelle mondiale une religion « rationnelle » non chrétienne, ont fait du Bouddha un « initié ». Or une telle présentation du Bouddha est une erreur, non seulement en considération du Bouddha historique qui n’a jamais rien écrit, mais aussi des traditions asiatiques. Le Bouddha n’a jamais été considéré en Asie comme « ce penseur de l’immanence, cet intellectuel concerné uniquement par des questions liées à la nature et au fonctionnement de l’esprit », comme on le présente en Europe. Le Bouddha n’est pas non plus un « révolutionnaire ». La seule révolution qu’il a opérée, rappelle l’auteur, est la loi de causalité (2). Le bouddhisme postule l’absence de toute âme individuelle et de tout dieu créateur. De plus, pour les bouddhistes traditionnels, notamment pour le dalaï-lama, le Bouddha est un être pourvu de pouvoirs surnaturels. Or ces pouvoirs, obtenus par les pratiques tantriques, sont systématiquement gommés par les Occidentaux qui préfèrent évoquer des notions psychologisantes et floues. L’auteur s’en prend aussi aux « quatre porte-parole français de l’idéologie de la pleine conscience dont l’efficacité serait prouvée par la science » : Matthieu Ricard, Christophe André, Fabrice Midal et Frédéric Lenoir. Selon cette idéologie, « les personnes heureuses et épanouies étant naturellement respectueuses et altruistes, si leur nombre augmentait dans la société, celle-ci s’en trouverait automatiquement apaisée ». Là encore, cette idéologie est totalement étrangère au bouddhisme qui ne conçoit pas un « retour rapide sur investissement » et qui encourage à faire le bien sans aucune intention égoïste – au risque sinon d’annuler les effets karmiques positifs des actions altruistes.         

Rappel au sujet du précédent ouvrage de Marion Dapsance :    “Les dévots du ” (Max Milo 2016)

Soumission, dévotion et abus sexuels : j’ai enquêté sur le bouddhisme en France – Témoignage.

Nouvel Obs. Publié le 15-09-2016. Édité et parrainé par Julia Mourri.

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1559967-soumission-devotion-et-abus-sexuels-j-ai-enquete-sur-le-bouddhisme-en-france.html

Hérault : 133 membres de la communauté bouddhiste de Roqueredonde s’estiment diffamés

2 plaintes en diffamation, dont une collective… Au delà de la plainte collective des 133 plaignants et de celle de la congrégation bouddhiste, 345 autres personnes ayant fréquenté Lérab Ling, ont tenu à témoigner par écrit qu’elles n’ont pas fréquenté une secte, n’ont jamais subi, ni n’ont été témoins, de harcèlement sexuel ou des violences physiques, pas plus d’humiliations quotidiennes   
De ces témoignages écrits, 100 seront mis à la disposition de la justice. «Ces deux plaintes répondent à une campagne nationale et régionale de diffamation. Nous avons attendu la 3e vague diffamatoire avant de nous résoudre à nous tourner vers la justice. Nous ne sommes plus dans l’ère des rumeurs, mais dans celle des ragots. Il appartient à la justice et à elle seule, de dire si Rigpa Lérab Ling est une congrégation religieuse ou le repère d’une secte» a expliqué à France 3 Languedoc-Roussillon, par téléphone, Jean-Robert N’guyen Phung, avocat de la congrégation bouddhiste Lerab Ling de Lodève et des 133 plaignants.

France 3 régions. Par Fabrice Dubault Publié le 22/02/2018…le 15 février, 2 plaintes pour diffamation ont été déposées à Montpellier contre l’avocat Jean-Baptiste Cesbron, contre le directeur de publication de «Midi Libre» et contre la journaliste ayant écrit l’article.La direction de la congrégation religieuse Rigpa Lerab Ling de Roqueredonde, près de Lodève et 133 plaignants, membres de la communauté bouddhiste, accusent l’avocat, la journaliste et son directeur de publication, de les avoir diffamés en faisant comprendre, notamment, qu’ils étaient membres d’une secte. Des propos publiés dans le quotidien régional Midi Libre, le samedi 9 décembre 2017. Cet article-entretien intitulé, Centre bouddhiste Lerab Ling de Lodève : “La parole se libère”, explique que l’avocat de Montpellier Jean-Baptiste Cesbron, a recueilli depuis l’été 2017, des témoignages d’anciens membres, notamment de femmes, accusant l’ancien lama Sogyal Rinpoche de coups, d’humiliations, d’insultes voire de harcèlement et d’agressions sexuelles. D’autres témoins parlent d’abus de faiblesse et d’escroquerie. Des agissements qui selon l’avocat sont ceux utilisés dans les mouvements sectaires. Pour beaucoup, ces faits sont prescrits et aucune plainte dans ce dossier n’a été enregistrée. Mais la gendarmerie a mené des investigations et a recueilli des témoignages. Le parquet de Montpellier, désormais en possession du dossier d’enquête, doit décider des suites à donner à l’affaire dans les semaines à venir.

Pour Jean-Baptiste Cesbron, avocat et prévenu dans cette affaire, joint mercredi par France 3 :

En droit comme en fait, la diffamation n’est pas effective. Et je maintiens mes propos. Tous les témoignages recueillis depuis des mois font penser aux agissements que l’on constate dans les mouvements sectaires. Certains entendus dans le cadre d’une enquête de la gendarmerie pourraient faire l’objet de poursuites. (…) Je suis très surpris de cette action en diffamation, d’autres ont tenu des propos plus précis et plus sévères sur ces dérives et sur les agissements de l’ancien lama Sogyal Rinpoche, notamment le Dalaï lama et la direction du temple est restée mutique. Par ailleurs, l’accusation de diffamation de mon confrère envers moi est pour le moins indélicate…                                 https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/herault/herault-133-membres-communaute-bouddhiste-roqueredonde-s-estiment-diffames-1427407.html

Le scandale qui secoue la communauté bouddhiste tibétaine

France inter –  lundi 28 août 2017 – Par Delphine Evenou – Le leader spirituel de l’école de pensée bouddhiste Rigpa, a annoncé sa retraite forcée, frappé par un scandale d’agressions sexuelles et physiques, et d’abus financiers. Au cœur de la tempête, Sogyal Rinpoché, l’un des artisans de la popularisation du bouddhisme en Occident et auteur en 1992 du “Le livre tibétain de la Vie et de la Mort”, paru en 1992 et vendu à 2,8 millions d’exemplaires. Une figure donc, qui est définitivement tombée de son piédestal mi-juillet, lorsque huit de ses plus proches disciples, comme l’a révélé Marianne, envoient une lettre à 1 500 membres de Rigpa. Sur sept pages, on lit les claques, les humiliations, les agressions sexuelles, le train de vie trop luxueux.

Cette lettre, Olivier Raurich l’a lue, avec soulagement. Ancien traducteur de Sogyal Rinpoché, il a quitté Rigpa en 2014. Il avait dénoncé en vain ces agissements. Deux femmes lui ont confié avoir été violées. Olivier Raurich a constaté lui même des abus financiers : “En 2014, dans une grande retraite pour 600 à 800 personnes dans le centre principal près de Montpellier [NDLR : le centre de Lerab Ling], Sogyal Rinpoché nous a demandé des offrandes abondantes en argent liquide, et il a insisté pour que ce soit abondant et pour que ce soit en liquide. J’ai regardé les enveloppes tomber dans les paniers et je me suis dit que ça faisait beaucoup d’argent liquide et que si c’était destiné à des causes humanitaires et pures, pourquoi faire cela sous cette forme illégale”.

La dénonciation d’Olivier Raurich, et quelques mois plus tard, la parution du livre “Les dévots du bouddhisme” (éd. Max Milo) de l’ethnologue, Marion Dapsance, n’ont rien changé. La lettre des disciples, en revanche, a créé un électrochoc, car elle émane de bouddhistes qui n’ont pas voulu quitter la communauté. Le moine Matthieu Ricard a fini par qualifier les actes de Sogyal Rinpoché d’“inadmissibles”.

Le Dalaï Lama en personne a dû prendre position, début août, lors d’une conférence à Ladakh en Inde : “Certaines institutions lamaïques sont influencées par le système féodal. C’est dépassé, ça doit s’arrêter. Ces gens ne suivent pas l”enseignement du Buddha.

La seule chose à faire c’est de rendre ça public, dans les journaux, à la radio. Rendez ça public ! Sogyal Rinpoché était mon grand ami, mais c’est fini, il est tombé en disgrâce…Dans la foulé, la communauté Rigpa a annoncé une enquête interne et la mise en place d’un code éthique.

Le scandale Rigpa est-il l’arbre qui cache la forêt ?

Tous les interlocuteurs, même ceux qui ont eu à accompagner des victimes d’abus, soulignent qu’il ne faut pas jeter l’opprobre sur la communauté bouddhiste dans son ensemble. Les dérives sont rares et localisées, mais elles existent. Quand on demande à Olivier Raurich s’il avait eu vent d’autres abus, ailleurs, quand il était encore chez Rigpa, il le confirme, tout en ayant lui même du mal à y croire : “J’ai quelques bruits par des amis qui sont dans d’autres centres, mais bizarrement je pensais que c’était réservé aux autres. Quelque part c’est presque impensable, car les grands maîtres sont de droit divin, donc il faut avoir le nez dessus pour l’accepter et même dans ce cas, c’est difficile.

Ces soupçons, l’Union Bouddhiste de France, qui condamne toute dérive et vient d’exclure Rigpa, en a également entendu parler, comme l’explique l’un de ses dirigeants, Olivier Wang Genh. “Je pense que ça touche la communauté bouddhiste dans son ensemble et ça montre que toute forme d’angélisme ou de naïveté n’a pas sa place. On doit écouter des enseignements avec clairvoyance et toujours rester dans cette vigilance. Mais on fait très attention à ce que ça n’arrive pas ou le moins possible.”

Reste que malgré tout cela arrive, parfois. Certains interlocuteurs, qui ne veulent pas en faire état au micro, évoquent la Dordogne, l’Auvergne, Montpellier. Des témoignages aussi sur les forums bouddhistes, avec toutes les précautions indispensables. Et puis un cas un peu plus concret. C’était en 2011 au Temple des 1000 bouddhas en Saône-et-Loire. Trois lamas ont été exclus, après des dépôts de plainte. L’une est toujours en cours d’instruction, les trois autres avaient abouti à des relaxes fautes de preuve. Et on touche là le cœur du problème

Une parole qui a du mal à se libérer. Difficile de dénoncer, par honte de s’être laissé avoir, par douleur, par peur que son affaire ne discrédite tout le bouddhisme. Ceux qui franchissent la porte des associations d’aide aux victimes renoncent parfois aussi à porter plainte sur les conseils de ces mêmes associations qui ont peur que les personnes soient broyées par des années de procédure, peut-être inutile… L’ADFI Paris Île de France a répertorié 18 cas de signalements d’abus dans la communauté bouddhiste l’an dernier… Si la lettre envoyée cet été pour dénoncer les actes de Sogyal Rinpoché est une révolution, c’est parce qu’elle montre que la parole commence à se libérer. Le linge sale continue à se laver en famille, mais plus de manière aussi confidentielle. En attendant, les associations et les Bouddhistes eux mêmes le disent : il est temps que la lune de miel entre l’Occident et le bouddhisme se termine, chacun doit prendre conscience que toute religion peut avoir ses brebis galeuses.                                                        https://www.franceinter.fr/emissions/le-zoom-de-la-redaction/le-zoom-de-la-redaction-28-aout-2017

Scandale chez les bouddhistes : Matthieu Ricard recommande aux disciples plus de vigilance

Marianne 28/07/2017. Par Elodie Emery. Pour la première fois, Matthieu Ricard, proche conseiller du dalaï-lama, qualifie d'”inadmissibles” les agissements de Sogyal Rinpoché. Régulièrement brocardé pour ses violences et abus sexuels, le lama qui officie dans l’Hérault jouissait jusqu’à maintenant d’un silence total de la part des plus hautes instances du bouddhisme tibétain. Depuis des années, le lama Sogyal Rinpoché agit en toute impunité, dans son centre de retraite situé dans l’Hérault, mais aussi ailleurs en Europe et dans le monde. Malgré sa position à la tête d’une association bouddhiste d’envergure internationale (Rigpa), aucune des plus hautes autorités bouddhistes n’a jusqu’à maintenant dénoncé les abus sexuels dont le tibétain est régulièrement accusé. Hier, Marianne publiait de larges extraits d’une lettre signée par huit de ses plus proches disciples, qui révélait des détails inédits et glaçants sur la violence des pratiques du maître. Suite à nos sollicitations, le plus célèbre moine bouddhiste de France et proche conseil du dalaï-lama, Matthieu Ricard, a fini par envoyer un texte de réaction à notre journal.

« Je connais personnellement deux des auteurs de la lettre récemment envoyée à Sogyal Rinpoché et suis convaincu qu’ils sont honnêtes et que leur parole est fiable,écrit le co-auteur du best-seller Trois amis en quête de sagesseLes comportements décrits dans cette lettre et dans d’autres témoignages passés sont à l’évidence inadmissibles, du point de vue de la morale ordinaire et à plus forte raison de l’éthique bouddhiste, notamment du fait que les comportements incriminés ont été sources de nombreuses souffrances »…

Contacté par téléphone, et pour justifier que des années se soient écoulées avant qu’il ne prenne la parole à ce sujet, Matthieu Ricard argumente « qu’il n’y a pas de police des mœurs dans le bouddhisme » et que c’est « aux personnes qui connaissent les choses de l’intérieur de les dénoncer ». Et, le cas échéant, de porter plainte auprès de la justice. Dans son courrier, le moine insiste sur ce point en rappelant que les enseignements recommandent « de ne pas se confier à un maître avant de l’avoir minutieusement examiné, de loin d’abord, en s’informant auprès de tierces personnes, puis de près en vérifiant par soi-même si l’opinion que l’on s’est faite est conforme à la réalité. Il est même conseillé d’attendre plusieurs années avant d’accorder toute sa confiance à un maître et de suivre ses enseignements. On ajoute que se confier à un maître non qualifié revient à absorber du poison »…

Autrement dit, Sogyal Rinpoché a beau avoir été adoubé par le dalaï-lama et Matthieu Ricard lors de l’ouverture de son temple en 2008, charge aux disciples, et à eux seuls, de démasquer l’imposture. « Ce n’est pas notre rôle d’œuvrer en justiciers », affirme Ricard. « Il existe maintenant des milliers de centres bouddhistes dans le monde, tous indépendants les uns des autres »,rappelle-t-il, soulignant que « le bouddhisme n’est pas organisé de façon hiérarchique comme c’est le cas, par exemple, de l’Eglise Catholique ».

A ceux qui accusent le dalaï-lama (ci-contre aux côtés de Sogyal Rinpoché) de s’être tu pour des raisons financières ou pour protéger le bouddhisme, Matthieu Ricard oppose un démenti catégorique. Selon lui, le seul rôle qui incombe au maître spirituel est de « servir de référence en enseignant et en incarnant clairement ce qu’il faut faire ou ne pas faire pour être un pratiquant du bouddhisme digne de ce nom ». Et pour expliquer que l’organisation de Sogyal Rinpoché, Rigpa, figure à la liste des donateurs de sa propre association Karuna shechen, il évoque une donation d’à peine 5 240 € en 2015, destinée aux victimes du tremblement de terre au Népal. Matthieu Ricard a beau minimiser la portée de sa prise de parole, se décrivant comme « un pauvre moine errant de droite à gauche », nul doute que ses mots auront un impact sur les 600 000 pratiquants de la religion bouddhiste en France. Et plus encore sur les victimes, qui craignent toujours, en prenant la parole, de nuire au bouddhisme tibétain dans son ensemble.

https://www.marianne.net/societe/scandale-chez-les-bouddhistes-matthieu-ricard-recommande-aux-disciples-plus-de-vigilance

Le bouddhisme en France, fausses idées et vraies dérives

“Ferme la porte à clés.” J’ai été dévouée à un grand maître bouddhiste, avant de m’enfuir

L’Obs‎ – le 06-11-2016, par Mimi, ancienne dakini. Sogyal Rinpoché est un maître bouddhiste tibétain soutenu par le dalaï-lama. Il est l’auteur du best-seller “Le Livre tibétain de la vie et de la mort”. Il dirige l’association Rigpa, un réseau de centres qui enseignent la tradition bouddhiste du Tibet à travers le monde. Ce maître puissant ne se déplace jamais sans ses “dakinis”, des femmes sensées l’aider à avoir des révélations. Mimi a été l’une d’entre elles. Elle raconte les abus psychologiques et physiques que le maître tibétain a exercé sur elle et ses semblables… Avant qu’elle ne réussisse à s’enfuir.  L’expérience de Mimi à ses cotés est en partie retranscrite dans le livre d’enquête de l’anthropologue Marion Dapsance, “Les Dévots du Bouddhisme” (Max Milot). Ci dessous, Mimi apporte une forme de complément plus personnel à ce qui est déjà énoncé dans le livre. 

Édité et parrainé par Julia Mourri   Le bouddhisme, tel qu’il est enseigné en Europe, porte le jugement qu’on serait tous capables de créer une société idéale, parfaitement juste et compassionnée…L’adolescence peut nourrir l’envie de vivre un tel idéal, profondément. Du moins, c’était mon cas. Quand j’ai eu 14 ans, mon père est devenu disciple du grand maître bouddhiste Sogyal Rinpoché. Je l’accompagnais dans ses retraites pour passer du temps avec lui. Ça lui faisait plaisir. Au bout de quelques années, au cours d’un enseignement en Allemagne, Sogyal Rinpoché m’a aperçue et m’a fait venir à lui. Il a décrété que j’avais un bon karma et que je pouvais accéder directement à son intimité.  Pendant une semaine, il m’a invitée à venir chaque soir dans sa chambre pour lui masser les mains pendant qu’il regardait la télévision. Je n’ai pas refusé, c’était présenté par sa garde rapprochée comme un privilège qu’il m’adresse la parole, que je puisse toucher cette incarnation du divin.  Mon père était fier et je savais que je lui faisais extrêmement plaisir. L’image que j’avais du maître était magnifiée par la sienne. À la fin du séjour, alors qu’il montait dans sa berline, le maître m’a donnée son emploi du temps pour l’année à venir et m’a dit :  “Tu peux venir me retrouver où tu veux. J’aimerais te voir. Je vais enseigner en Australie pendant un moment.”  J’avais alors 22 ans.

 Des filles le suivent partout.  Je l’ai rejoint. J’ai été reçue comme une princesse. Sogyal Rinpoché avait loué des maisons de vacances au bord de la mer. L’endroit était désertique. Je passais mes journées à la plage. Je participais aux prières, sans être assidue. Je ne voyais le maître que quelques heures par jour lors des repas. Il était accompagné de deux hommes, ses chauffeurs, et de plusieurs filles, peut-être huit. On les appelle les dakinis. Ces femmes sont censées aider le maître à avoir des révélations. Elles le suivent partout. C’est à ce moment là que j’ai aussi découvert ses premières crises de colère. Je partageais une maison un peu en retrait avec l’une d’entre elles. Elle avait un enfant. J’ai pensé qu’il s’agissait de celui du maître. Pendant ce séjour, mon petit-ami m’a fait envoyer des fleurs pour la Saint-Valentin. Les filles me sont tombées dessus :  “Ne dis surtout pas que c’est un garçon qui t’a envoyé ces roses ! Offre-les au maître, il croira que c’est pour lui.”

Ce soir-là, il a organisé un dîner de Saint-Valentin. Les deux chauffeurs n’étaient pas conviés. Il était seul avec nous, les filles. Je trouvais ça étrange, mais je me sentais assez libre…

 Dévouée, 24 heures sur 24. Tout a basculé quelques mois plus tard, quand j’ai perdu ma grand-mère. Ce décès a été un bouleversement et je suis tombée malade. Sogyal Rinpoché est alors venu me voir chez ma mère… Il m’a invitée à passer tout l’été à ses cotés dans le centre de Lérab Ling, dans l’Hérault, pour recevoir ses enseignements en personne. J’ai accepté.  Dès que je suis arrivée, tout est allé très vite. Les autres dakinis mettaient généralement plusieurs années pour accéder à la fonction qui m’avait été confiée cet été là. En quelques semaines, je me retrouvais à superviser toute l’équipe de filles. Il m’a confié les talkies walkies et les téléphones portables et j’ai fini par être 24 heures sur 24 à ses cotés. Je l’accompagnais partout, sauf quand il enseignait. Dans ces moments-là, je devais organiser le nettoyage de ses appartements et ses lessives, ranger ses papiers et ses placards, commander ses repas et réserver ses transports, préparer ses sacs, exécuter ses listes d’exigences … J’étais épuisée mais je passais les tests. Ses demandes étaient de plus en plus excessives, mais je ne disais rien. La règle, c’était d’être dévouée, pour avoir droit à l’éveil. Je pense surtout que ça me soulageait émotionnellement de ne pas avoir le temps de réfléchir…

Ferme la porte à clés”. La première fois qu’il y a eu contact sexuel, j’étais coupée d’une certaine conscience de moi-même. Il m’a dit : “Ferme la porte à clés.” Toute une délégation nous attendait dans les voitures. Il ne manquait plus que lui et moi.  Depuis deux mois je dormais très peu. J’avais pris l’habitude de me faire abuser par des exigences et des paroles. Nous acceptions tout. Je n’écoutais plus. Je faisais ce que j’avais à faire, sans plus poser de question. J’étais dans l’adrénaline de l’urgence et de la fatigue continues. Après le premier rapport sexuel, il a formulé des menaces très explicites, m’interdisant d’en parler à quiconque. Toutes les dakinis étaient au courant, mais nous ne devions pas aborder le sujet. Pourtant, nous nous relayons pour surveiller la maison lorsque l’une d’entre nous passait dans la chambre du maître. Personne ne devait approcher. Plus les filles vieillissaient, plus elles sentaient la fin venir. Elles devenaient anxieuses.  

Loyauté envers le groupe.  À la fin de l’été, j’ai eu une période d’aménorrhée et j’ai eu peur d’être enceinte. J’en ai parlé à un disciple médecin. Comme j’étais la fille la plus proche de Sogyal Rinpoché, avoir d’autre relation m’était impossible. Ce médecin m’a prescrit une prise de sang sans me poser la moindre question. Dans les centres Rigpa, la loyauté envers le groupe prime sur tout le reste. Pourtant, il s’agit d’une communauté de gens souvent instruits : médecins, magistrats, avocats, hommes d’affaires ou encore pilotes… Les maîtres bouddhistes ne vont pas chercher des Tibétains qui vivent avec trois dollars en Inde, mais des Blancs qui ont de l’argent, en Occident. Les adultes qui baignent dans cet environnement réadaptent la réalité pour pouvoir la supporter. Ils parlent de compassion toute la journée mais assistent à des humiliations en public. Ils remettent en question puis refoulent toute forme d’instinct ou de ressenti… Pour soulager ces frustrations, le maître encourage la mutilation de l’empathie pour la famille et l’entourage immédiat. À ce vide, il substitue alors une autre forme de compassion pour une humanité réduite a l’état de concept, abstraite et lointaine.  

J’ai cru que j’allais mourir.  Je me suis éloignée très progressivement du groupe, en trouvant des excuses. Je pense que le processus de rupture s’est confirmé lorsque j’ai commencé à prendre des cours de chant. Une chanteuse lyrique m’avait entendue et avait décidé de me donner un cours gratuit tous les mois. Elle m’a appelée pour que je vienne, en insistant. J’ai commencé alors à revivre mes émotions. Pendant plusieurs années, j’ai été incapable d’admettre ce qu’il s’était passé. Il a fallu que ça prenne le dessus sur mes rêves et ma santé. Je faisais des cauchemars tous les soirs, j’ai commencé à avoir de l’asthme et des fièvres. J’ai senti que j’allais mourir si je gardais tout ça pour moi.  Sur un coup de tête, je me suis rendue à Londres sur une invitation du maître. Un de ses chauffeurs est venu me chercher et je lui ai demandé :  “Tu sais très bien que toutes les filles couchent avec lui, tu trouves que c’est normal ?”  –  Il m’a répondu :  “Vous seriez toutes des prostituées et des droguées si vous n’aviez pas trouvé ce maître. Estime-toi heureuse, tu n’as rien à lui reprocher.”   Sa réaction m’a confortée dans l’idée que je prenais la bonne décision. Arrivée sur place, j’ai offert au maître un dessin que j’avais fait la nuit précédente. Je l’avais représenté au centre, avec moi sur lui en position du lotus. Autour de nous, en ronde, j’avais noté le nom de chacune des dakinis. Il a compris tout de suite et m’a demandé si je voulais de l’argent. Je suis partie. 

La vraie colère derrière la fausse compassion.  Mon départ a provoqué l’affolement. Le pouvoir est dans le groupe, pas dans le maître. Sogyal Rinpoché est inculte, pas particulièrement intelligent. Il a surtout des centaines de milliers de gens qui lui permettent d’asseoir sa souveraineté. Je ne suis pas certaine qu’il soit lui-même convaincu par ce qu’il raconte. Il récite ce que les gens ont besoin d’entendre. Soudain, le groupe a eu peur d’être remis en question, de se révéler. Qu’on réalise que les disciples passent leurs journées prostrés à embrasser les pieds d’un maître qui n’a jamais été à l’école et se balade avec un tas de minettes qu’il humilie. Qu’on perçoive toute la colère qui anime réellement cette communauté derrière le paravent de la compassion. Pendant un long moment, j’ai cru que je délirais toute seule. Comment était-il possible qu’à travers le monde, autant de personnes soient en adoration pour Sogyal Rinpoché et que je sois la seule à être écœurée par sa présence ?  Les menaces que j’ai reçues après mon départ m’ont rassurée : je prenais la bonne décision.

Humiliations publiques. Il est possible que, d’une manière un peu tordue, Sogyal Rinpoché ait été amoureux, je ne sais pas. Même s’il m’enfermait, même s’il n’y avait que son plaisir. Je ne sais pas comment il a vécu ou comment il vit encore ces situations. Je pense qu’il peut s’attacher, parce qu’il est extrêmement isolé émotionnellement. En tous cas, il avait établi avec nous une forme de confiance et de rapport affectif qui lui a permis d’abuser de nous, physiquement et psychologiquement, de manière continue.  Sogyal Rinpoché frappe les dakinis et montre fièrement leurs cicatrices. Les humiliations ont toujours lieu en public. Je me souviens d’une fois où on était toutes autour de lui dans son jardin privé. L’une des filles ramassait les feuilles mortes. Elle avait une démarche lente, un peu comme une Brésilienne. Il l’a attrapée par les cheveux et l’a traînée par terre avant de la cogner contre le mur pour la punir d’avoir “trop d’égo”.

Un rapport incestueux. Dans mon cas, et certainement dans celui des autres dakinis, il y a une relation au père difficile. Celui-ci vous confie à un homme avec l’idée que vous pouvez tout faire pour lui et que vous devez tout faire pour lui. Il est heureux que vous entreteniez un rapport privilégié avec ce maître plus âgé et autoritaire. Il sait que vous êtes isolée, que vous dormez dans la même chambre, mais ne pose aucune question… Aujourd’hui, j’ai coupé les ponts avec mon père. Je crois qu’il me prend pour une folle, quelqu’un qui vit trop d’émotions. Il pense que la seule erreur du maître, c’est de ne pas m’avoir suffisamment enseigné la folle sagesse [concept introduit par Sogyal Rinpoché selon lequel la folie du maître ferait de lui quelqu’un de sage, libéré des contraintes sociales, ndrl.]

Je n’ai aucune foi en la justice. Je n’ai pas voulu attaquer Sogyal Rinpoché en justice. L’une de ses dakinis l’avait fait en Californie, il y a quelques années. Elle le regrette encore aujourd’hui. Ça a détruit son mariage, sa famille. Elle est repartie de zéro. Je n’ai d’ailleurs aucune foi en la justice. Mes témoignages n’ont jamais déclenché de procédure judiciaire. Quant à Marion Dapsance, l’auteur des “Dévots du bouddhisme”, elle a envoyé à plusieurs reprises un dossier à la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). Elle n’a eu aucun retour. Si Sogyal Rinpoché n’était plus là, un autre prendrait sa place. Ce visage du bouddhisme semble véritablement difficile à accepter pour certains. Beaucoup continueront à ne pas y croire. Ils penseront que je suis celle qui a trahi le maître, que je suis vénale. En revanche si l’un d’entre eux commence à douter, il pourra réaliser qu’il n’est pas seul : une autre information, libre, existe et circule. Un ancien directeur de centre vient étonnamment, cette année, de se retourner contre Sogyal Rinpoché en confessant explicitement les dérives de l’emprise psychologique et des violences que ce dernier faisait subir a son entourage, et notamment aux femmes. Il dénonce également les faveurs sexuelles et une domination qui passe par l’infantilisation. Cruel, mauvais, tortionnaire. …C’est un sentiment très vif chez moi. Chez chaque personne que je rencontre, je vois désormais quelqu’un capable de devenir cruel, mauvais, tortionnaire, selon sa capacité à s’assumer émotionnellement et son besoin d’appartenance a un groupe.  Je vois le meilleur comme le pire, dans les choix de résignation ou d’amour de soi.                                                                       http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1577666-ferme-la-porte-a-cles-j-ai-ete-devouee-a-un-grand-maitre-bouddhiste-avant-de-m-enfuir.html

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