Coronavirus : nos charlatans de la santé en 2020 face au coronavirus et les exemples de Mgr de Belsunce et du Chevalier Roze lors de la peste de 1720 à Marseille

Temps de lecture : 6 min.

L’exemple de Mgr de Belsunce et du Chevalier Roze lors de la peste de 1720 à Marseille et nos charlatans de la santé en 2020 face au coronavirus (Pdf)

Le 15 mars 2020

Je ne pensais pas vous écrire deux jours de suite, mais les événements m’y portent et je vais donc appliquer le principe du Bis repetita placent !

.       1 – Dès le 26 février la redoutable équipe des décodeurs du Monde avait publié toute une série de réponses aux questions dans un bel esprit d’utilité publique. On peut s’y reporter : ça dit tout, sans esprit de lucre ni de récupération !

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2020/02/26/coronavirus-nos-reponses-a-vos-questions-pour-mieux-comprendre-l-epidemie_6030940_4355770.html

.         2 – On ne peut pas en dire autant de la dame – d’un certain âge – interrogée ce matin par un journaliste[1] dans une gare au départ de Paris. A la question du journaliste sur les conséquences pour elle de cette obligation de confinement absolu (rappelez-vous qu’une personne contaminée en contamine 3 autres, d’où une progression des personnes non pas linéaire mais exponentielle effrayante), elle a répondu exactement ceci, très énervée :

« La formation que je suivais a été supprimée, alors qu’elle n’était pas terminée. Je rentre chez moi ; je ne sais pas ce que je vais pouvoir faire. La somme que j’ai payée pour cette formation n’est pas remboursée. Je vais vendre mon affaire. Je suis dans le bien-être, moi … Et là, je ne peux rien faire… »

Ce texte a besoin d’une traduction pour les personnes non habituées. Je traduis pour vous :

La personne s’était inscrite à une formation, très probablement non reconnue, dans une «  » improbable (le plus souvent dans une propriété privée, donc pas contrôlable), mais devant le risque encouru, l’organisateur a préféré fermer son institut. Pas question de rembourser la somme payée pour obtenir cette formation… Ça se complique quand on apprend qu’elle est obligée de vendre son affaire. Tiens ! Elle avait donc déjà acheté ou transformé un magasin …

Et le lien vient ensuite entre 1/ la formation 2 / les « études » et 3/ la nature de son secteur : elle exerce ses talents dans le domaine du bien-être… Nous y voilà. Tout commence là l

Le bien-être ou le développement personnel… Ce sont des mots valises dans lesquels on peut tout fourrer ! Tous les noms se terminant par —pathes sont bons pour y entrer, ainsi que bien d’autres, qui sont de consonnance étrangère, et d’autres encore avec une apparence médicale à qui il ne manque, hélas, que la pratique hospitalière.

Je ne prendrai qu’un seul exemple concret : une séance d’hypnose pratiquée dans un service à l’hôpital par un des praticiens du service n’a rien que de très normal. Une séance d’hypnose pratiquée par un médecin dans son cabinet peut encore être considérée comme acceptable. Mais une séance d’hypnose pratiquée par un –pathe- quelconque non médecin, comme il s’en produit des centaines par semaine, est plus que problématique. Elle est risquée ! En lisant notre « M.O.O.C. gestion des risques sectaires », vous décortiquerez le phénomène de l’emprise…

Et il y a aussi beaucoup de sectes pour qui l’épidémie est une fête, une prophétie qui s’accomplit et contre laquelle les bons croyants seront immunisés à condition de décupler leur dévotion et leurs services au profit du gourou ou du mouvement, ou encore en utilisant le traitement , pseudo-médical ou chamanique indispensable. Cette propagation du coronavirus est une aubaine pour eux : il y là tout ce qu’il faut pour renforcer la paranoïa et les prétentions de supériorité spirituelles de leurs adeptes. En matière de paranoïa, certains atteignent des sommets. Il y a, en ce moment, quelques mouvances sectaires, dégageant des relents de racisme, pour dire que le virus a été fabriqué dans des laboratoires pour exterminer les Africains, race élue de Dieu, et que le mal s’est retourné contre les auteurs de ce génocidaire.

.       3 – J’arrête ici mon explication des mots de l’interviewée du jour. Car j’ai mieux que cela à vous dire, au milieu de cette époque de triomphe d’un virus bien encombrant !

En effet, les décisions mises en place par le président de la République et le premier Ministre m’en rappellent d’autres, plus sévères, plus terribles, mais inévitables, dès le début de l’épidémie de peste déclenchée à Marseille, pendant l’été 1720.

Après que le tocsin eut sonné, les employés « municipaux » passèrent partout et, à chaque carrefour, annoncèrent qu’étant donné la dangerosité de cette peste, il était interdit dorénavant d’ouvrir les portes extérieures des immeubles. Il était absolument nécessaire d’empêcher la contagion au maximum… Le résultat fut très pénible. Les personnes restées dehors ne pouvaient plus rentrer chez elles et vice versa. Et donc, il fallait s’organiser.

Heureusement, c’était l’été. Mais le problème principal restait : comment se nourrir quand on était coincé dehors ?… On voit sur certains tableaux qui représentent la ville dans un état désespéré, des étalages de victuailles au coin des rues : des sortes de traiteurs y exposaient des plats tout faits…

A l’inverse, comment avoir accès à ces nourritures quand on était cloitré à l’intérieur des immeubles ? …

Voici l’astuce employée : les personnes enfermées faisaient descendre au bout de cordes des « cabas » que leurs parents restés dehors remplissaient avant de les faire remonter par la même voie…

Cette voie salvatrice ne servait pas qu’à se procurer de la nourriture. C’est par ce biais qu’on arrivait à sortir les cadavres morts dans les étages : au bout d’une corde, bien ficelés… comme vous pouvez en voir un en cours de descente, sur ce tableau de Michel Serre… Marseille a perdu la moitié de sa population, pendant ces mois-là… Seuls les moines de Saint Victor s’en sortirent bien : dès le début, ils s’enfermèrent dans l’Abbaye et n’en sortirent plus : aussi ne perdirent-ils personne ! Quand on vous dit qu’il ne faut pas sortir par temps d’épidémie !

On peut opposer à ce comportement « sauve-qui-peut » l’attitude courageuse de tant de sauveteurs presque tous – il faut le souligner – volontaires. Les échevins (le maire et les conseillers municipaux d’alors) furent très efficaces. Mais l’homme qui eut une conduite exceptionnelle fut le Chevalier Roze qui sut cristalliser les efforts de tous pour aider aux actions de déblayage des cadavres – action nécessaire car vitale en pareil cas. Pour ce faire, il put compter sur un groupe de 1200 volontaires et forçats. Seuls 3 d’entre eux survécurent au   drame.

De leur côté Mgr de Belsunce et tout un corps de religieux offraient le maximum de réconfort moral aux malheureux mourants, se dépensant sans compter au milieu d’eux. De grandes figures de charité et de solidarité.

Pour remercier Mgr de Belsunce de son exemplarité audacieuse, le jeune roi Louis XV lui offrit le titre d’Abbé de Saint Arnoul, à Metz[2]. L’Abbaye de Saint Arnoul, c’est du lourd, du très lourd, comme dirait Audiard ! C’est l’abbaye où furent enterrés deux des fils de Charlemagne : le légitime – Le roi Louis le Pieux, et l’illégitime – l’illustre évêque Drogon, de Metz.  Aussi la femme de Charlemagne, la reine Hildegarde, et ses sœurs. Mais surtout ses arrière-grands-parents, devenus saints : Arnoul et Dode, dont l’histoire est mémorable. C’était au VIIe siècle, dans des temps désespérants et désespérés Ils furent bons époux et bons parents. Et ayant accompli leurs vies d’époux, ils désirèrent s’occuper des pauvres : ils se séparèrent et devinrent des religieux, chacun dans une abbaye, à préparer, jour après jour, de quoi nourrir les pauvres, nombreux, qui s’agglutinaient à l’entrée. Lui devint évêque de Metz, et s’illustra dans l‘histoire de la ville si bien que l’abbaye porta son nom, définitivement.

Quant à Mgr de Belsunce, en tant qu’abbé d’une abbaye de cette importance, il était membre de droit du (célèbre) Parlement de Metz, pour les affaires de gouvernement et d’administration locale. Une nomination particulièrement honorifique. Cela dit, Mgr de Belsunce n’alla jamais à Metz : les affaires étaient réglées par des administrateurs – les procurateurs. Dans l’histoire de cette abbaye, il s’acquitta de toutes ses obligations, contrairement à beaucoup d’autres importants personnages. Il payait scrupuleusement les travailleurs et employés de l’abbaye, par exemple, et fit faire dans l’abbaye des travaux importants, rendus obligatoires par l’ancienneté de l’édifice. N’oublions pas qu’elle fut fondée au VIIe siècle de notre ère !…

Mais il fit mieux. Il contribua puissamment au paiement des travaux de l’Hospice de la (Vieille) Charité, en pleine construction, à Marseille, en leur affectant les revenus excédentaires qu’il tirait de l’abbaye de Saint Arnoul.

Un service en vaut un autre : à sa mort, certains travaux, commencés à Saint Arnoul n’avaient pas encore été payés, plongeant les procurateurs dans le plus grand embarras. Et ce furent tout naturellement les administrateurs de la Charité à Marseille, qui les payèrent, en reconnaissance pour la bonté de cet homme, qui n’avait jamais cessé de s’engager.

Comme lui, soyons solidaires, mais restons solitaires.

Marie-Jeanne Gambini


[1] C’était sur France Info ou France Inter, en milieu de matinée

[2] Vous ne trouverez pas mention de ce fait ni de ce qui suit dans Wikipedia : ils n’en parlent pas. Un prof de Fac recommandait à ses étudiants de faire attention à Wikipedia : au moins 50 % de ce qui s’y trouve est erroné.

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